Comme il est attendu en période de crise, Sonatrach devra réduire ses charges d’exploitation et les dépenses d’investissement.

En effet, parmi les mesures phares du plan de riposte contre le nouveau choc pétrolier, à savoir une chute du pétrole à moins de trente dollars, l’implication de Sonatrach dans l’effort national de réduction des dépenses en devises ou de préservation des réserves de change pour parer aux effets de cet effondrement brutal des cours du brut sur l’économie nationale. «Le groupe Sonatrach est chargé de réduire de 14 à 7 milliards de dollars les charges d’exploitation et les dépenses d’investissement afin de préserver les réserves de change», lit-on dans le communiqué officiel rendu public à l’issue du Conseil des ministres de dimanche dernier. Contacté par Reporters, l’ancien directeur général de l’énergie et consultant, Khaled Boukelifa, commente ainsi la mesure : «Le gouvernement n’avait pas d’autre choix que de revoir ses priorités face à ce nouveau choc pétrolier et de toucher aux postes qui n’ont pas d’impact sur la population (comme les salaires). Sonatrach ne peut pas être en reste des autres secteurs. Elle doit contribuer à l’effort financier en réduisant son budget de fonctionnement et d’investissement.» Cette baisse des dépenses est la conséquence du phénomène du coronavirus et du non-accord Opep-non Opep de réduction de la production de pétrole. «Compte tenu de ce contexte particulier, il était normal que Sonatrach revoie son enveloppe affectée au financement des projets et hiérarchise ses opérations d’investissements à très court terme. Sonatrach ne peut pas conclure, dans cette conjoncture, des partenariats avec les compagnies étrangères qui nécessitent un effort financier, de la technologie et un marché. Il est très difficile pour Sonatrach de trouver des partenaires, les actions des compagnies pétrolières internationales se sont effondrées. Les compagnies pétrolières internationales ont reçu un choc. Dans ce climat d’incertitude, il était sage que Sonatrach arrête les projets non encore lancés et revoit son programme d’investissements», explique Khaled Boukhelifa
Les projets pétrochimiques vont faire les frais de la politique d’austérité
Sonatrach devra donc faire passer à la trappe les projets non encore lancés. Les projets de l’aval, en particulier de la pétrochimie, feront encore une fois les frais de cette réduction des dépenses. Le projet important de vapocraquage d’éthane, en particulier, d’un coût estimé à plusieurs milliards de dollars, en phase de finalisation des études par la compagnie pétrolière italienne Eni, fera partie sans doute des projets touchés par ces coupes dans les dépenses d’investissement.
Pour un ancien responsable de l’amont, cette décision prise par le chef de l’Etat est rationnelle. Il y a, ajoute-t-il, de nombreuses niches à explorer sur la voie de cette réduction des charges d’exploitation et d’économies de devises. Il cite l’arrêt des contrats de consulting à l’étranger, des contrats de prestations de services avec les compagnies étrangères, des rencontres et missions non indispensables à l’étranger. Il a argué que Sonatrach pendant une période récente, ne pouvant compter sur les compagnies étrangères, avait utilisé avec intelligence les moyens de bord (moyens humains, équipements) et était parvenue à des résultats positifs. Sonatrach avait augmenté sa production sans investissements étrangers. C’est un problème de management, de savoir-faire et de feuille de route. Si c’est bien managé, Sonatrach peut le faire. Sonatrach réalise ses activités à 90% seule : logistique, géophysique, forage, expertise…» Cela ne veut pas dire que Sonatrach n’a pas besoin de partenariat étranger, mais dans des services ou techniques pointues nécessaires pour optimiser la production, développer des gisements difficiles. Encore faut-il recourir à des compétences à Sonatrach qui sachent apprécier ses besoins. Cela ne veut pas dire non plus que Sonatrach n’a pas besoin d’investissements étrangers, de partager le risque mais que dans la conjoncture actuelle, elle peut s’abstenir de conclure des contrats avec les sociétés étrangères dans plusieurs domaines.
Il s’agit aussi, selon lui, d’arrêter les contrats «bidons» confiés à des sociétés étrangères comme celui destiné à soigner son image, celui de changer son logo pour 700 000 dollars qui auraient dus être attribués à des sociétés nationales. C’est le cas également du système d’information confié à une compagnie chinoise. Cet ancien cadre pose le problème de gouvernance qui secoue Sonatrach depuis plusieurs années et qui est à l’origine d’un grand gaspillage de devises. Concernant les charges d’exploitation, il cite une autre niche, le catering, à savoir cette activité obscure de Sonatrach où les contrats sont confiés dans l’opacité et qu’on peut attribuer à une filiale de la compagnie pétrolière nationale à créer pour économiser des devises. n