L’armateur algérien réagissait ainsi aux commentaires et réactions très critiques suscités par l’information selon laquelle le navire a été obligé de rester à quai dans le port polonais durant une «journée et demie» pour, d’abord, effectuer une «visite sous-marine de la carène» dans le cadre de son planning de certification annuel. Cette inspection «ordinaire et programmée» a ensuite été prolongée par les autorités portuaires de Gdansk, «qui ont décidé de bloquer le navire pour des raisons administratives en relation avec les certificats», indique le communiqué de Cnan Nord. D’après la même source, «l’inspecteur du State Control du port de Gdansk a estimé que les certificats statutaires du navire, délivrés le 19 septembre 2019 après une visite d’inspection réglementaire par l’Administration maritime algérienne, faite au port d’Oran, n’étaient pas conformes, chose qui est dénuée de tout fondement», proteste l’armateur. Qui, après s’être assuré que «tout est en ordre», a contacté la direction de la marine marchande et des ports, la société de classification ainsi que les instances consulaires algériennes à Varsovie, afin d’intervenir et clarifier la situation concernant la conformité des certificats. «Le Saoura» a quitté le port de Gdansk dans la soirée de lundi dernier, indique la Cnan-Nord, qui insiste que son navire a effectué sa mission selon les normes et dans le but de faire parvenir dans les délais la marchandise qu’il transportait en Algérie. L’intérêt de ce communiqué, qui aurait pu passer pour anodin tant les cas d’arraisonnements de bateaux sont nombreux dans le monde, tient dans la particularité de sa cargaison, la poudre de lait ! En effet, «le Saoura» transporte 76 conteneurs de lait en poudre, soit 1 900 tonnes, une cargaison qu’il devait compléter au port d’Anvers, son escale avant son retour en Algérie, «pour transporter un complément de marchandises dont 40 conteneurs de lait en poudre» et «autres types de marchandises pour le compte des opérateurs nationaux dans le cadre des importations en FOB (sans frais à bord)».
Le communiqué intervient dans le contexte d’affrontement que connaît la filière lait depuis que le ministre du Commerce a déclaré se pencher sur les «anomalies» de la production et la distribution du lait pasteurisé en sachet et dont la disponibilité n’est pas assurée correctement en de nombreux endroits du pays. En relation avec cette tension sur le lait, Cnan-Nord précise qu’elle a déjà réalisé «avec succès» quatre voyages d’importations de lait en poudre pour le compte de l’Office national interprofessionnel du lait (Onil), depuis novembre 2019 à destination des port d’Alger et de Annaba.

Des «réseaux» et des «intérêts d’armateurs étrangers»
Concernant la polémique et les informations rapportées récemment par des médias et des réseaux sociaux, selon lesquelles le navire «le Saoura» aurait été saisi au port de Gdansk pour absence de certificats, la compagnie souligne qu’il s’agit «d’informations erronées visant à discréditer les navires du pavillon national». Cnan-Nord dénonce des «réseaux qui veulent défendre les intérêts des armateurs étrangers». Sa direction «déplore la campagne acharnée de dénigrement menée par certains cercles et réseaux contre les navires et la compagnie publique arborant pavillon national» depuis «qu’elle a signé le contrat de transport maritime de la poudre de lait avec l’Onil, dans le cadre des orientations du gouvernement visant à privilégier l’importation en mode FOB des marchandises, dont la poudre de lait». La Cnan Nord assure «qu’aucun retard dans le programme de livraison du lait en poudre de l’Onil n’a été accusé depuis la signature du contrat, et ce, malgré les contraintes rencontrées en raison notamment de «l’environnement économique national difficile». La compagnie évoque «des embûches causées volontairement par l’ensemble des opérateurs et sous-traitants locaux en Pologne, plus habitués et familiers avec les armateurs étrangers qui assuraient auparavant ce service».
Dès le début des négociations pour la mise en place de cette nouvelle route maritime par Cnan Nord, les opérateurs locaux «n’ont pas affiché un grand enthousiasme à la venue des navires de la compagnie nationale sur ce marché monopolisé auparavant par des grandes compagnies maritimes internationales», soutient la même source. Les importations étaient auparavant assurées par des armateurs étrangers «qui ont bénéficié de ce marché important pendant des années et qui ont tissé autour d’eux une toile d’experts internationaux et nationaux protecteurs et défendeurs de leur précieux marché en CFR, qui, aujourd’hui, saisissent toute occasion pour pointer du doigt les navires de la compagnie nationale», s’indigne la Cnan Nord.
Selon le communiqué de la compagnie, le marché du transport maritime du lait en Algérie représente un chiffre d’affaires annuel de 3,5 millions de dollars uniquement pour le secteur public, déboursé par les caisses de l’Etat algérien qui a décidé récemment de faire bénéficier l’armement national de ce marché avec un fret payable en dinars, soit une économie «substantielle» de devises pour le pays.n