Des milliers de citoyens ont marché, hier, à travers plusieurs villes du pays. Ces manifestants qui expriment une opinion n’ont pas attendu que des leaders politiques leur fassent signe pour battre le pavé. Non encadrées par les partis politiques ou par les autorités, ces actions de rue révèlent d’abord un rejet systématique des chapelles politiques, tout autant de l’opposition que celles proches du pouvoir également. Ces citoyens, qui n’ont fait référence à aucune de ces chapelles, sont une leçon aux formations politiques. Ces manifestations sont la preuve du déphasage qui sépare la classe politique de la société. Incapables de s’entendre sur quoi que ce soit, même s’ils disent tous que la situation est « grave », les partis de l’opposition viennent de révéler leur limite. A travers ces actions de rue, la classe politique est invitée à repenser son mode de gestion, son discours et à ne défendre que le citoyen qu’elle prétend pourtant représenter. Sinon comment expliquer qu’il aura suffi d’un appel anonyme pour voir des milliers d’Algériens dans les rues de nombreuses villes. Ni avec les moyens de communication dont ils disposent ni avec l’aura qu’ils disent avoir auprès de la population, aucun parti politique n’a réussi à fédérer autant, encore moins à encadrer un mouvement éminemment politique. Ce n’est pas la première fois que la société fait preuve de maturité face à une classe politique amorphe. C’était déjà le cas lors des douloureux événements de Kabylie entre 2001 et 2003, où le mouvement citoyen a supplanté la classe politique pour mener, seul, un mouvement d’une grande ampleur. Au moment où ce mouvement se structurait, les formations politiques, notamment celles fortement implantées dans la région, tentaient honteusement la récupération. Il faut s’attendre d’ores et déjà à ces mêmes réactions de la classe politique de l’opposition. Aujourd’hui, elle va sans aucun doute communiquer sur les marches d’hier et dira qu’elle soutient et entre dans le même registre que leur « projet ». Sauf que le démenti est venu en amont. Il est ainsi fort à parier que l’opposition voudra récupérer à son compte ce mouvement citoyen qui exprime son opinion…
Rappelons que les partis dits de l’opposition n’ont même pas pu s’entendre après des mois de concertation. Il aura suffi pour les pouvoirs publics d’organiser des élections législatives et locales pour voir le conglomérat de Mazafran s’effriter.<