Le recours à la force pour empêcher les citoyens de répondre aux appels à des manifestations publiques contre le régime en place ou pour disperser les manifestants a été décrié par l’ensemble de la classe politique au lendemain d’un 8e vendredi pas comme les précédents. Le légalisme constitutionnel a été, lui aussi, rejeté par des partis politiques qui suggèrent une réponse en adéquation avec les revendications du mouvement populaire. Ce qui met davantage dans le
dur le pouvoir politique et affaiblit son agenda.

PAR NAZIM BRAHIMI
Le Front des forces socialistes (FFS) a tenu à condamner et dénoncer «énergiquement les graves dérapages commis par les forces de sécurité qui ont recouru à la répression sauvage et à la violence », selon un communiqué du parti. «Nous condamnons d’abord la multiplication des barrages de police et de gendarmerie pour empêcher les citoyens de venir manifester dans leur capitale », souligne le parti. Le FFS, qui réitère son engagement aux côtés du peuple, qualifie d’« acte criminel et irresponsable » le recours à la force contre les manifestants et s’engage à continuer à « lutter avec la plus grande détermination jusqu’à l’avènement de la 2e République ».
De son côté, le Parti des travailleurs (PT), qui estime que l’attitude des autorités est « honteuse », s’interroge sur les motivations d’un tel recours à la répression. « Qui veut provoquer l’irréparable ? Qui donne les ordres d’empêcher le libre déplacement des citoyens par des barrages filtrants de gendarmes ? s’interroge le parti sur fond d’indignation. Le Parti des travailleurs ne s’arrête pas là. « Qui cherche le pourrissement ? Qui donne le prétexte à l’ingérence étrangère par le refus d’obtempérer aux revendications de tout un peuple ? Qui met les forces de sécurité, issues du peuple, devant des situations intenables en leur imposant une attitude répressive contre un peuple sans défense ? » s’interroge-t-il encore. Le PT s’interroge par ailleurs sur le contenu du communiqué, rendu public avant-hier par la DGSN, dans lequel il est fait état d’un « démantèlement d’un groupe terroriste qui s’apprêtait à commettre des attentats », évoquant, dans ce sens, des « tentatives d’utilisation de la question terroriste et de lutte contre le terrorisme pour terroriser la population qui manifeste par millions pacifiquement pour le départ du système ».
Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a dénoncé, quant à lui, dans un communiqué, des tentatives visant à éloigner le mouvement populaire de son caractère pacifique qui le domine depuis le 22 février dernier, invitant les décideurs à enclencher un dialogue sérieux et responsable pour parvenir à des solutions de nature à garantir une transition politique qui consacre la volonté populaire. Le parti de Makri a appelé, en outre, les citoyens à « préserver le mouvement de façon à ce qu’il ne soit pas infiltré ou dévié de ses objectifs essentiels ».
Pour le Mouvement Ennahda, les marches populaires « sont un référendum populaire, à part entière, qui doit peser dans la prise des mesures à même d’accélérer la résolution de la crise et le retour à la normale à travers la satisfaction des revendications du peuple». De son côté, le parti de Benflis a préféré procéder à une évaluation de ce qui a été accompli depuis l’avènement du mouvement populaire. « Cette huitième semaine de manifestations populaires massives a ramené la recherche d’une solution à la crise de régime au point de départ», a relevé l’ancien chef de
gouvernement. Ajoutant que la recherche de solution «commande aujourd’hui, plus que jamais, l’entente politique la plus large sur un certain nombre de postulats de base». Pour lui, il s’agit notamment de «sortir du piège de la solution constitutionnelle pure opposée à la solution politique pure », relevant que « la philosophie des constitutions et des lois est essentiellement politique ».
Le même parti a noté, à ce propos, que l’application des articles 7 et 8 de la Constitution « ne peut en aucune manière conduire à une violation des dispositions de la Constitution, bien au contraire, elle offrirait une couverture constitutionnelle solide à la partie politique de la solution de la crise». Pour M. Benflis, «seule l’institution militaire peut aider à parvenir à cette solution comme l’exige son devoir patriotique et le sens élevé qu’elle a de ses responsabilités nationales », précisant qu’il « n’est pas attendu de nos forces armées qu’elles soient l’ordonnateur de la sortie de crise, mais qu’elles remplissent un devoir de facilitation, d’accompagnement, de garantie et de protection de la solution de la crise».
Pour Saïd Sadi, ancien chef du RCD, « l’ampleur de la réaction populaire est d’abord une réponse au premier responsable militaire du pays (Gaïd Salah) », ajoutant qu’« on peut, de ce fait, considérer que ce 12 avril signe l’acte de décès de l’armée politique en Algérie».n