L’usage des réseaux sociaux et des nouveaux moyens de communication comme supports à la campagne électorale des législatives de samedi prochain n’a pas été optimal, contrairement à ce que peuvent soutenir les prétendants à cette échéance pour qui le déficit de mobilisation sur le terrain a été compensé sur la Toile.

PAR MILINA KOUACI
Pour Younès Grar, expert des questions des Technologie de l’information et de la communication (TIC), les participants à cette élection «n’ont pas profité des facilités» qu’offrent les réseaux sociaux pour accompagner leurs sorties (rassemblements, meetings, rencontres de proximité…) qui ont été plutôt «timides». Les réseaux sociaux sont «un moyen complémentaire et non substitutif aux autres moyens. Ils sont une solution complémentaire présentant des facilités et atouts énormes pour n’importe quel usager d’internet, mais mal exploités par les prétendants à la chambre basse», explique notre interlocuteur. «Quand on dit e-Learning ou télémédecine, cela ne va pas dire qu’on remplacera l’enseignant, ou fermer les cabinets médicaux et structures de santé», indique M. Grar, lequel relève que dans une campagne électorale, un candidat ne peut cesser de multiplier les actions ou de sillonner le pays afin de convaincre l’électeur d’aller voter et de faire entendre sa voix.
Et si notre expert tient à dire que les réseaux sociaux peuvent aider à réaliser les objectifs d’une campagne électorale sans éliminer les autres moyens traditionnels (médias, déplacements, rassemblements et meetings), il ne plaide pas moins pour une autre façon de faire la sensibilisation via le numérique qui accompagnera les outils traditionnels.
«Des candidats partagent sur leurs pages officiels des liens d’émissions où ils ont été invités sur des plateaux TV, alors que Youtube leur donne la possibilité de faire leurs propres émissions, sans limite de temps et avec interactivité : une alternative que n’offrent pas les moyens traditionnels», fait-il remarquer. Younès Grar regrette ainsi que «les candidats n’exploitent pas les possibilités qu’offrent ces espaces et se contentent de reprendre des affiches froides», en postant des photos d’un parti ou d’un candidat et brochure réalisée sur leurs pages sur les réseaux sociaux ; ce qui ne suffit pas pour séduire un électeur».
Pour ces raisons, il exhorte les candidats de solliciter des agences spécialisées et des experts pour organiser une campagne et pouvoir passer le message souhaité. Les réseaux sociaux sont une spécialité qui implique l’intervention d’un spécialiste du domaine pour aider le candidat à organiser sa campagne sur les réseaux sociaux. «Une agence apprendra à un candidat comment réagir aux réactions des suiveurs, le temps idéal pour poster une publication et comment interpréter les réactions et les chiffres», précise l’expert en TIC.
Estimant que tout candidat à une échéance électorale doit revenir à la réalité et ne pas se fier aux réseaux sociaux, il rappelle que des personnalités ayant annoncé leur participation à la présidentielle de 2019 se targuaient du nombre de followers qu’ils avaient sur les réseaux sociaux alors qu’il s’est avéré par la suite qu’elles n’ont pas pu obtenir les signatures individuelles d’électeurs inscrits sur les listes électorales pour se porter candidats à la magistrature suprême. «Lorsqu’une personne possède sur son compte 100 000 suiveurs, mais la consultation d’une publication ne dépasse pas la centaine, il doit y avoir un problème», dit M. Grar.
«Dans ce cas, on déduit qu’un sponsor d’une page a acheté des followers d’un autre pays et que le rendez-vous électoral national n’intéresse pas ou que simplement les suiveurs ne sont pas du corps électoral», explique l’expert en TIC. «Il faut apprendre à interpréter les chiffres pour éviter les mauvaises surprises», préconise M. Grar, car chaque fan est un suiveur ou un élément du corps électoral potentiel», conclut M. Grar.