La cadence du traitement par l’appareil judiciaire des cas des détenus d’opinion tend à s’accélérer, comme l’atteste le nombre de dossiers étudiés, ces derniers jours, marqués notamment par la réduction de peines pour dix détenus sortis de prison avant-hier.
A ce dénouement heureux, à valeur de signaux d’apaisement, s’est ajouté la tenue des auditions dans le fond des détenus d’opinion et politiques ainsi que l’étude des dossiers en vue de les juger. Dans ce sens, la chambre d’accusation près la Cour d’Alger statuera, dimanche prochain, sur la demande de liberté provisoire de l’activiste Samir Benlarbi, annonce son avocat Abdelghani Badi. Le mis en cause a été placé en détention provisoire le 17 septembre dernier par le tribunal de Bir Mourad Raïs d’Alger pour «atteinte à l’unité du territoire national» et «diffusion de tracts susceptibles de porter atteinte à l’intérêt national». Autre signe d’accélération, la libération, hier, après la réduction de leurs peines de six détenus par la cour d’Alger. Il s’agit de Berrache Hafid, Gouazi Mohand, Derouiche Aala, Batlis Bakkir et Azzoug Arezki.
Au cours de la même journée, le tribunal de Mostaganem a condamné à trois mois de prison avec sursis deux activistes qui ont été libérés. A Constantine, le tribunal a reporté le procès de l’activiste et journaliste Abdelkrim Zeghilech au 8 janvier prochain. Le concerné est poursuivi pour «création d’une radio sans autorisation» et dans une deuxième affaire, pour «incitation à attroupement non armé».
Selon des membres du Collectif de défense pour la libération des détenus d’opinion, les tribunaux, notamment, ceux relevant d’Alger, devraient «arrêter prochainement une date pour le début des procès des détenus du Hirak». Les robes noires ont dénoncé, au lendemain de l’incarcération des citoyens impliqués dans le mouvement populaire en cours, la «lenteur» dans le traitement de leurs dossiers. Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) a publié une liste «non exhaustive» du nombre de détenus d’opinion.
Avec la sortie de prison de 13 porteurs de drapeau berbère, après avoir purgé une peine de six mois de prison ferme que leur a infligé le Parquet de Sidi M’hamed et la libération de 10 autres avec la réduction de la peine d’un an de prison et six mois avec sursis à une peine de six mois et trois mois avec sursis, le CNLD détient une liste de 126 détenus d’opinions. Ils sont poursuivis pour plusieurs chefs d’inculpations, parmi lesquels «atteinte à l’unité nationale, incitation à l’attroupement, attroupement, incitation à la violence, atteinte à la sécurité de l’Etat ou démoralisation des troupes de l’Armée en temps de paix». Les avocats ont constamment dénoncé les atteintes aux libertés individuelles et collectives dont sont victimes les Algériens depuis le début du mouvement populaire en cours. Selon la corporation des juristes, les libertés d’expression et la participation à une manifestation pacifique sont des droits garantis par la Constitution et les lois en vigueur. Pour obtenir «l’acquittement en appel» des détenus jugés en deuxième instance, les avocats envisagent de saisir la Cour suprême dans les prochaines semaines. Les avocats gardent ainsi l’espoir de voir les mis en cause bénéficier de l’acquittement qui délivrera, disent-ils, et les concernés et l’appareil judiciaire mis à rude épreuve à travers la multiplication des procès. Surtout, ajoutent-ils, que les dernières décisions de la justice, notamment la réduction des peines, prêtent à espoir. «Nous restons cependant sur nos gardes quand on se rappelle des condamnations enregistrées alors que les dossiers des accusés étaient juridiquement vides», concluent-ils. n