La Banque d’Algérie a réagi, hier, en prenant des mesures fortes pour éviter un effondrement de l’économie nationale suite à la pandémie Coronavirus, en un mot atténuer ses conséquences sur l’économie nationale. Elles consistent essentiellement en un report du remboursement des crédits et un rééchelonnement de dettes pour les entreprises impactées par l’arrêt d’activité ou de baisse de la demande.

La Banque d’Algérie vient d’alléger les charges sur les entreprises et les banques pour éviter que ces dernières ne soient en sérieuses difficultés, voire ne mettent la clef sous le paillasson. De manière plus précise, la Banque d’Algérie, dans un communiqué rendu public hier, cité par l’APS, détaille une série de mesures. « Dans le cadre des mesures prises face aux répercussions de la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19), la Banque d’Algérie, consciente de l’impératif de protéger l’économie nationale et de garantir les conditions nécessaires à la poursuite de l’activité des entreprises de production de manière régulière, a pris une série de mesures exceptionnelles et conjoncturelles s’inscrivant dans les démarches visant à alléger les impacts économiques de cette pandémie mondiale. Entres autres mesures prises (contenues dans l’instruction n° 05 2020 du 6 avril 2020 de la Banque d’Algérie), le document prévoit le paiement des tranches de crédits arrivant à échéance ou le rééchelonnement des créances de la clientèle ayant été impactée par la conjoncture induite par le Coronavirus ». En un mot, « les entreprises touchées par cette crise ne paieront pas l’échéance de mars et d’avril si les tranches sont mensuelles, celle de mars si les échéances sont trimestrielles », explique Mohamed Nazim Bessaih, expert financier. En un mot, pendant ces mois où l’Algérie fait face à la pandémie, les entreprises ne rembourseront pas leur dette ou le rééchelonnement de leurs créances, c’est-à-dire qu’ils ne paieront que les intérêts, le paiement du capital est reporté.

« Des mesures pour éviter les cas de faillite d’entreprises et de banques »
Par ailleurs, la Banque d’Algérie « fait état à ce propos de l’instruction n° 5 2020 portant sur des mesures exceptionnelles d’allègement de certaines dispositions prudentielles, applicables aux banques et établissements financiers, permettant à ces dernières d’augmenter les capacités de financement au profit des entreprises économiques. Elle préconise la réduction du seuil de coefficient de liquidité afin d’augmenter le niveau de financements disponibles. Au titre de ces mesures, les banques et établissements financiers sont dispensés de l’obligation de constitution d’un coussin de sécurité ». L’expert financier commente ainsi ces dernières décisions pour augmenter les liquidités ou l’argent disponible dans les banques pour financer l’économie : « Il s’agit de la baisse des réserves obligatoires ramenées à 4% des ressources contre 12 et 8% auparavant, et la suppression de l’obligation de constitution des provisions. » En clair, les banques doivent selon la première règle prudentielle déposer une partie de leurs ressources à la Banque (un taux fixé par la Banque d’Algérie revu à la baisse ou à la hausse). Ce taux aujourd’hui est revu à la baisse pour permettre aux banques de disposer de plus d’argent pour financer l’économie. « Cette décision compense la baisse des ressources bancaires dues au report du remboursement des crédits ou au rééchelonnement de dettes des entreprises touchées par cette crise coronavirus », explique Mohamed Nazim Bessaih. Pour la seconde mesure prudentielle, elle dispense les banques d’affecter une partie de leurs ressources pour provisionner les dettes impayées suite aux effets du Coronavirus.
« Ces mesures sont normales, elles sont applicables dans tous les pays du monde en difficulté par rapport au Covid-19. Ce sont des mesures d’allègement pour permettre aux entreprises de souffler et aux banques d’accompagner les entreprises en cette période très difficile au moment où l’économie mondiale est à l’arrêt, d’éviter les cas de faillite d’entreprises et de banques en Algérie », ajoute Mohamed Nazim Bessaih. Ces mesures pourraient anticiper les effets prévisibles d’une récession mondiale. « Des cabinets d’affaires internationaux prévoient une crise économique mondiale systémique en juillet 2020 », alerte le spécialiste.
Enfin, même si la Banque d’Algérie informe qu’elle suit la situation et qu’elle pourrait être amenée à prendre d’autres mesures, il s’avère que ces décisions nécessaires sont insuffisantes. Face à la situation très compliquée, il convient, selon l’économiste Rachid Sekak, rappelons-le, de mettre en oeuvre un plan de sauvegarde de l’économie incluant la garantie de l’Etat pour l’octroi de crédits d’exploitation aux entreprises touchées par la pandémie, le report du paiement des cotisations sociales, des impôts pendant la période de crise, l’institution d’un filet social pour les chômeurs…