C’était il y a 20 ans, jour pour jour. Le 28 janvier 1997, sur les marches de la Maison du peuple, place du 1er-Mai à Alger, Abdelhak Benhamouda, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) venait de sortir d’une réunion de travail.

Il n’avait pas encore rejoint sa voiture lorsque plusieurs balles l’atteignent mortellement, après avoir échappé auparavant à une tentative d’assassinat à la cité Garidi, commune de Kouba.

«Benhamouda est un symbole parmi tant d’autres. De ceux qui ont porté la République et qui ont su penser aux Algériens », disait de lui déjà Abdelmadjid Sid-Saïd.
Aujourd’hui, l’Union générale des travailleurs algériens célébrera le 20e anniversaire de l’assassinat de son ancien secrétaire général. Benhamouda a été l’un des initiateurs du Comité national de sauvegarde de l’Algérie (CNSA) au début des années 1990 avec un bon nombre d’intellectuels algériens dont certains ont été assassinés pour leur engagement et convictions. Il a été l’incarnation d’un syndicalisme « ugétiste » qui entendait renouer avec ses racines historiques, celles d’un Aïssat Idir et d’un Boualem Bourouiba, pour défendre l’Etat et la République. Celui pour qui l’action syndicale est avant tout revendicative, quitte à ce qu’elle conduise à l’affrontement avec l’Exécutif et l’ancien président Zeroual sur les questions socioéconomiques. «La célébration de cette date nous fait remémorer, à travers le martyr Abdelhak Benhamouda, l’engagement de ces centaines de milliers de travailleurs de sauvegarder les valeurs républicaines et de leur rejet du fondamentalisme et de tout acte terroriste», dira l’actuel secrétaire général de la centrale syndicale dans une déclaration rendue publique. Pour M. Sidi-Saïd, «les objectifs poursuivis par cette commémoration sont d’évoquer tant à la population qu’à la jeunesse le rôle du syndicalisme patriote mené par l’UGTA dans le passé lointain ou plus récent et son rôle actuel dans l’histoire socioéconomique de notre pays».
Né en décembre 1946 à Constantine, Abdelhak Benhamouda est issu d’une famille modeste attachée aux valeurs profondes de son pays que ses proches lui ont inculquées. D’abord, enseignant puis, directeur d’école au début des années 1980, il a très tôt ressenti l’injustice, les passe-droits et les pratiques néfastes d’une administration locale bureaucratique et inefficace. Son ascension au sein de la Centrale l’a mené en juillet 1990 au poste de secrétaire général de l’UGTA dans un contexte de crise économique, sociale et politique. Affilié à la puissante Fédération de l’Education, à l’époque, il s’est distingué par ses qualités de leader respecté de tous. Le défunt avait à maintes reprises pris des décisions héroïques et décisives pour que les travailleurs puissent jouir de tous leurs droits, tout en étant en première ligne en matière de lutte contre les ennemis de l’Algérie. Fervent patriote, il s’est impliqué dans la défense des fondements de l’Etat tout en maintenant son combat pour les droits des travailleurs. Benhamouda fut assassiné au moment où les massacres collectifs endeuillaient le pays. Il a joué un rôle-clé dans la création du Rassemblement national démocrate (RND) en tant que membre fondateur, au point qu’il était prédestiné à en prendre la tête. «Il considérait non sans raison que l’UGTA était une puissance organisée pouvant réagir avec force et détermination pour protéger la situation sociale des travailleurs et les valeurs républicaines. Son assassinat a été ressenti comme une immense perte non seulement pour le mouvement syndical algérien mais également par l’ensemble du mouvement syndical international qui lui ont rendu un hommage unanime à la mesure de ses immenses qualités humaines et de courage dont il a fait preuve durant sa courte existence », écrit-on dans un hommage rendu par les travailleurs de l’UGTA, signé par son secrétaire général. Benhamouda a fait de l’UGTA un syndicat revendicatif qu’il n’est plus puisque sa direction a choisi les options de la négociation et de la participation avec les différents gouvernements qui se sont succédé depuis l’arrivée de Sidi-Saïd à la tête de la Centrale syndicale.