L’organisation spéciale (OS), constituée lors du Congrès du PPA de février 1947, est, de par les missions qui lui sont assignées, la formation militaire de militants en vue de la lutte armée, inscrite dans une activité clandestine.

Y sont admis des militants sélectionnés et astreints au principe du cloisonnement. Cette précaution n’aura pas suffit en 1950 lors de l’affaire dite «Khiari», militant suspecté de collaboration avec les autorités françaises, ciblé par une opération punitive qui avait mal tourné. Une vaste campagne de répression avait alors visé les militants et cadres du PPA/MTLD et ceux qui avaient échappé à l’arrestation furent contraints à la clandestinité souvent dans des conditions de précarité. Le démantèlement de l’OS eut pour conséquence durable la prise de distance marquée entre militants de l’OS et direction du parti qui, pour se protéger d’une possible dissolution, avait fait état, dans l’affaire de l’OS, «d’un complot policier». Dans l’unique débat public télévisé en direct sur Novembre 1954 sur les ondes de la Télévision algérienne, fin octobre 1990, Hocine Lahouel, leader du courant centraliste, a pris la défense de l’administration du parti (MTLD) affirmant qu’elle était venue en aide aux clandestins et qu’elle avait, notamment, organisé leur exfiltration de leurs régions d’origine. C’est ainsi que les «Estiens» – Ben M’Hidi, Boussouf, Benabdemalek Ramdane, Mechati, Habbachi – s’étaient retrouvés affectés dans l’ouest du pays alors que d’autres – Zighoud, Benaouda, Bentobbal – trouvaient refuge dans les Aurès sous l’autorité de Mostefa Benboulaïd ou étaient pris en charge, à Alger, par Aïssa Kechida ou Mohamed Boukechoura. Ils avaient tous en partage d’avoir milité dans les rangs de l’OS sous la direction de Mohamed Boudiaf, responsable de l’organisation au niveau du département de Constantine. Ils constitueront aussi la majorité des vingt-deux militants, regroupés le 23 juin 1954 au domicile de Smaïn Derriche, qui décideront de l’insurrection et formeront la matrice constante de la direction du FLN – Boudiaf, Krim, Didouche Bitat, Benboulaïd – puis du GPRA avec la présence active de Krim, Boussouf, Bentobbal et le soutien de Hocine Aït Ahmed, et Ahmed Ben Bella tous, deux anciens coordinateurs nationaux de l’organisation. La réunion historique du 23 octobre 1954, au domicile des Boukechoura, à la Pointe Pescade, du comité de six fondateurs du FLN, consacre bien l’OS comme l’axe de filiation de la lutte armée pour l’indépendance.
L’histoire donne acte aux militants de l’OS de la cohérence de leur engagement pour l’indépendance du pays, même la culture du secret, qui fut souvent au principe de leurs combats, rajoutait, si besoin était, à l’épaisseur du véritable mythe algérien que fut l’Organisation spéciale.A. M.