L’Opep, qui a rencontré, hier à Vienne, ses alliés non-Opep, a validé sa décision de vendredi, s’assurant ainsi de la contribution de ses partenaires, dont la Russie, à la hausse de la production du pétrole. Elle sera d’environ un million de barils par jour. La décision est effective dès juillet, mettant ainsi fin aux accords de limitation de l’offre avant même que ceux-ci n’expirent.

L’accord n’a, cependant, pas encore révélé tous ses secrets, puisque des zones d’ombre persistent. De la confusion aussi. Le marché demeure tout confus. Le compromis reste vague et la contribution de chacun des pays signataires n’a pas été quantifiée, ce qui fait dire à des analystes que les plus grands producteurs mettraient à profit cette brèche pour pomper sans relâche. L’Opep s’est contentée de préciser que la hausse de la production serait d’environ 1 million de barils/jour, ce qui correspond à 1% de l’approvisionnement mondial, voire à la valeur des coupes excessives auxquelles se sont adonnés certains producteurs signataires des accords de réduction de l’offre.
L’objectif donc, selon l’Opep, serait de revenir à un taux d’adhésion aux accords n’excédant pas les 100%, alors que cette proportion avait atteint les 168% chez les membres de l’Opep. L’Organisation s’est étrangement gardée de fournir la moindre statistique sur les futurs objectifs de production. De quoi jeter de la confusion dans l’esprit des traders et des investisseurs. Le marché n’a pas été en reste. Les cours sont restés de marbre faute d’un cap clair à l’issue de la réunion des membres de l’Opep. La confusion a gagné les producteurs qui, faute d’objectifs clairement fixés, chacun y va désormais avec ses propres lectures. L’Irak a déclaré que la véritable augmentation serait de l’ordre de 770 000 b /j, car plusieurs pays qui avaient subi la baisse de production auraient du mal à retrouver la vitesse de croisière. L’Iran a déclaré quant à lui que la véritable augmentation pourrait atteindre 500 000 b/j. L’Algérie, par la voix de son ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, s’attend à ce que la hausse effective de la production soit aux alentours de 757 000 barils/jour. «Cet accord nous ramène à réaliser 100 % de la production (fixée par l’organisation). En mai 2018, nous avons réalisé un taux de conformité de 152 % par rapport aux quotas mis dans l’accord (de la baisse). Les 52% de plus, soit 757 000 barils/jour qui n’a pas été produite, vont être repris », a estimé le ministre de l’Energie, qui a souligné sur sa lancée que l’accord conclu vendredi était satisfaisant. Quant à la Russie, plus grand partenaire de l’Opep de par les niveaux de production, le pays juge que le plafond de hausse cité dans le communiqué est « rationnel ». Le ministre russe de l’Energie, Alexander Novak, a déclaré, hier, qu’il était satisfait de la décision de l’Opep, même s’il avait auparavant plaidé pour que l’Opep et ses partenaires non membres puissent augmenter leur production de 1,5 million de b/j. «A ce stade, le million de barils à produire davantage est tout à fait rationnel », a estimé le ministre russe. Cependant, en ne fixant pas de cibles individuelles à chacun des membres de l’Opep ainsi qu’aux partenaires non membres, l’Organisation semblait donner à l’Arabie saoudite la marge de manœuvre nécessaire pour produire plus que ce qui est prévu par son quota. Le royaume wahhabite s’accorde ainsi le privilège de pomper au-delà de son quota, profitant d’une production si flexible capable de combler le vide que laisseraient des pays comme le Venezuela. Théoriquement, l’Arabie saoudite ne doit pas augmenter sa production de plus de 100 000 barils/jour, mais il est clair que le royaume wahhabite profiterait de la moindre défection pour faire augmenter davantage sa production. Ce fut le cas lorsque la production libyenne était réduite à sa plus simple expression. L’Arabie saoudite avait également profité pleinement des précédentes sanctions occidentales contre l’Iran et avait pompé abondamment pour combler le vide laissé par Téhéran. La Russie, elle aussi, sortira grande gagnante du compromis conclu vendredi par les membres de l’Opep. L’accord donne ainsi à l’Arabie saoudite et à la Russie – les détenteurs de la plus grande capacité inutilisée du groupe – la flexibilité de réagir à d’éventuelles perturbations si les Etats-Unis venaient à mettre à exécution leurs sanctions contre l’Iran et le Venezuela. Il va sans dire que cet accord ne fait que renforcer davantage les Etats-Unis sur l’échiquier pétrolier mondial. Le compromis de vendredi serait une réponse sur mesure au président américain, Donald Trump, qui était parmi ceux qui plaidaient en faveur d’une hausse de la production. « J’espère que l’Opep augmentera considérablement sa production. Il y a un besoin de maintenir les prix à la baisse! », a tweeté Donald Trump à l’heure où l’Opep tentait, vendredi, de sauver un accord menacé par l’obstacle iranien. Certains analystes et traders du marché étaient loin d’être convaincus qu’un tel accord permettrait à l’Opep de relever les multiples défis auxquels elle est confrontée.