Lundi dernier, le Secrétaire général de l’ONU a appelé le Conseil de sécurité à trouver un «consensus indispensable» à la résolution des conflits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Il a exhorté ses membres à se concentrer sur les «lignes de faille» dans la région, en déplorant que «des conflits vieux de plusieurs décennies, mais aussi de nouveaux (…), sapent la paix, le développement durable et les droits humains». Il a ajouté à ces facteurs de déstabilisation de la région Mena des «griefs sociaux profondément enracinés», un «rétrécissement de l’espace démocratique» et «l’émergence de nouvelles formes d’extrémisme».

Aveu d’échec ou langage de vérité ? A observer la réalité du terrain et des batailles par les membres permanents et les poids lourds du Conseil de sécurité, pour faire admettre tel ou tel camp et telle ou telle thèse dans cette région, la réponse serait de pencher pour dire que l’exhortation du chef de l’ONU est plutôt confession d’impuissance. Son appel s’adresse à des acteurs internationaux certes, de premier plan, mais qui sont davantage dans une logique d’affrontement que dans celle que leur confère la Charte des Nations unies pour le maintien de la paix et de la sécurité. Quand il s’adresse aux belligérants des guerres en Syrie et en Libye pour les inciter à prendre leçon sur ses «rivaux de la guerre froide», qui trouvent «encore des moyens de se parler et de coopérer», il ne trompe personne. Pour sa part, il s’agit plutôt d’une formulation de forme destinée à inviter en les ménageant les puissances qui siègent au Conseil de sécurité et qui contribuent le plus au financement de l’organisation qu’il dirige, à cesser de considérer les pays en crise du continuum Moyen-Orient-Maghreb comme un terrain de jeu et d’expression de leurs rivalités et de leurs intérêts anciens et nouveaux. En Syrie, au Yémen mais, en Libye aussi, les agendas et les intérêts internationaux sont, en effet, devenus un puissant carburant des luttes opposant les acteurs locaux. Le Secrétaire général des Nations unies ne le dit pas, il préfère affirmer -avec justesse, mais sans grand pouvoir de les soutenir – que les «organisations régionales peuvent contribuer aux efforts de diplomatie préventive, de médiation et de renforcement de la confiance».

Les comptes d’abord, les causes justes après

En Libye, toujours, les initiatives de paix avancées par les pays du voisinage, dont l’Algérie qui ne cesse de mettre en garde contre la «multiplication des agendas» qui enveniment une situation déjà compliquée, sont publiquement ou secrètement confrontées aux choix ainsi qu’aux manœuvres des puissances ayant un intérêt dans ce pays. Le statu quo qui pèse depuis des décennies sur le dossier du Sahara occidental et les limites que montrent déjà l’Union Africaine à le faire sortir de l’impasse et avancer dans la bonne direction, celle d’un règlement pacifique et équitable, trouve ses puissantes ressources dans le choix de la France, de l’Espagne et des Etats-Unis (bien qu’on ne le dise pas assez) à ménager les intérêts du Maroc perçu comme un partenaire davantage «fiable» que les indépendantistes sahraouis.
A cette notion de «fiabilité», l’Union européenne vient d’ajouter à ce dossier le paramètre de la «solvabilité» en décidant, sans approbation de personne et contre les intérêts du Polisario, d’inclure dans son accord d’association avec Rabat la possibilité d’exploiter le sous-sol, le sol et les eaux du territoire sahraoui pourtant inscrits sur la liste onusienne des espaces à décoloniser. La moralité à Bruxelles, les bons comptes d’abord, les causes justes attendront… En ce qui concerne ce qu’on appelle le conflit israélo-palestinien, il y a longtemps que les Nations unies et son Conseil de sécurité ne font rien de juste pour les Palestiniens, hormis de bailler des fonds pour les réfugiés et jamais dans la facilité par ailleurs. La décision des Etats-Unis de claquer la porte du Conseil des droits de l’Homme, le 19 juin dernier, sous prétexte qu’on accuse trop l’Etat hébreu de violations des droits humains dans les territoires occupés, a été le dernier épisode de l’alignement sans nuance de Washington en faveur d’Israël. Washington a fait payer au CDH sa supposée hostilité à Israël. «Cinq résolutions ont été votées contre [l’Etat hébreu]. C’est plus que toutes les résolutions confondues contre la Corée du Nord, l’Iran et la Syrie», a fait valoir l’ambassadrice américaine aux Nations unies Nikki Haley. Dans ce cas, quel consensus indispensable Antonio Guterres espère-t-il ? La seule vérité que dit le Secrétaire général des Nations unies est que «l’intégrité territoriale de pays comme la Syrie, le Yémen et la Libye est menacée». Mais cela aussi, on le sait déjà.