L’intérêt des commémorations officielles est qu’elles sont riches de messages présidentiels. Celui d’hier, à l’occasion de la journée du 24 février, est plus qu’intéressant à décrypter. Hormis le traditionnel hommage que le chef de l’Etat rend aux artisans de la nationalisation des hydrocarbures, un acte conséquent ou de couronnement des luttes précédentes pour la décolonisation du pays, il y a dans ce texte une mention spéciale au «capitalisme national» : un terme inédit sauf erreur ou méconnaissance des grandes interventions de M. Bouteflika depuis qu’il est à la tête du pays. Mais qu’importe ce détail quand le sens est au rôle que le président de la République donne aujourd’hui au patronat privé algérien : être à la pointe de la reconstruction de l’économie nationale.
Historiquement et économiquement, c’est considérable. Le président de la République a choisi la date anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures et le grand souvenir de 1971, une époque où le privé national n’existait presque plus pour avoir été jugé comme suspect sinon comme un adversaire de l’intérêt national dans cette Algérie socialiste d’alors, pour affirmer le contraire. Et affirmer que le chef d’entreprise privé algérien est désormais un acteur du renouveau industriel et économique du pays. Il le fait d’autant bien qu’il ne parle pas de bourgeoisie nationale mais de «capitalisme national» et signe ainsi, plus de quarante ans après, une rupture sans doute dictée par un contexte où le secteur public n’est plus le seul créateur de richesses dans l’Algérie de 2017, mais aussi par souci de motiver une force économique certes encore naissante mais aux perspectives certaines . Si le patronat a une réelle conscience politique, il devrait s’en réjouir. Et si le FCE a de bons analystes, il devrait applaudir des deux mains, car à moins de s’y méprendre grossièrement, il y a dans «capitalisme national» un clin d’œil aux chefs d’entreprise du Forum. Mais également aux idées qu’ils défendent depuis bientôt vingt ans : comme de s’ouvrir au partenariat étranger que le chef de l’Etat a nommé aussi dans son message hier, en lui ajoutant la condition d’«éthique». Comme les temps changent !