S’il y a une réalité que les élections locales du 23 novembre dernier ont encore une fois démontré, c’est bien l’assise à travers laquelle le Front de libération nationale (FLN) continue de dominer la scène politique et toutes les assemblées élues. L’ex-parti unique, malgré toutes les critiques qu’il essuie, notamment la fraude en sa faveur,

ne cesse d’attirer des cadres et acteurs de tous bords dans ses rangs. Le dernier scrutin n’a pas dérogé à la règle. Plusieurs élus sur d’autres listes ont prêté, aussitôt installés, allégeance au FLN, dont le P/APC d’Alger-Centre, Abdelhakim Bettache, ex-coordinateur du MPA et élu sur une liste indépendante, ou encore Youcef Kouider, P/APC de Koléa à Tipasa, élu sur la liste du FFS. Mais, paradoxalement, le secrétaire général du parti, Djamel Ould Abbès, ne trouvait pas de gêne à accueillir des « nomades » à bras ouverts. Bien au contraire, il s’enorgueillit du fait que le FLN attire toujours des pans de la société. «Au FLN, nous combattons le nomadisme politique, mais nous laissons les portes ouvertes à ceux qui veulent nous rejoindre», a justifié Ould Abbès dans une déclaration à la presse.

Des propos loin de convaincre les plus fidèles au sein de la maison FLN. Des cadres considèrent que l’on ne renforce pas un parti de cette façon. « C’est un comportement malsain d’un côté comme de l’autre. C‘est même pire que l’opportunisme. C’est l’absence de scrupule d’un côté comme de l’autre et un manque de responsabilité qui participent à discréditer la scène politique», selon un membre du Comité central. Il faut rappeler que dans la Constitution algérienne, le nomadisme est dormais banni à l’Assemblée populaire nationale. L’article 117 stipule qu’il « est déchu de plein droit de son mandat électif l’élu de l’Assemblée populaire nationale ou du Conseil de la nation, affilié à un parti politique, qui aura volontairement changé d’appartenance sous l’égide de laquelle il a été élu ». Ce n’est pas le cas pour les APC et les APW, où le FLN élargit son terrain. Mais, ces « accords » ne sont pas uniquement en faveur de l’ex-parti unique, qui s’éloigne de son allié et concurrent direct le RND, mais aussi dans l’intérêt de ces centaines de cadres sans horizon qui se retrouvent désormais structurés dans un parti qui leur garantit une carrière politique des plus longues. L’approche à grands pas de l’élection présidentielle de 2019 pousse les uns et les autres à se positionner dès maintenant. A une année et demie de cette importante échéance, et à force de voir le FLN confirmer sa suprématie lors des locales, d’aucuns ne doutent que ce parti, dont certains réclament la mise au musée, va encore avoir son mot à dire. Le cas d’Abdelhakim Bettache, dont le nom a été annoncé au RND et qui a fini par rejoindre le FLN, est significatif à plus d’un titre.
C’est dire qu’il n’y a plus place aux convictions, aux idéologies et aux principes politiques de la gauche ou de la droite, ni même des islamistes ou des républicains. Mais, l’on est désormais devant un paysage politique qui s’anime d’une clientèle qui se partage les intérêts afin de pérenniser le plus longtemps possible. Et l’élection présidentielle de 2019 est l’occasion idoine pour trouver sa place dans le bon camp, surtout que le secrétaire général du FLN ne cesse de répéter à qui veut bien l’entendre et à chacune de ses sorties médiatiques, que « le futur président de la République sera celui derrière qui se rangera le FLN ». Dans une déclaration, Ould Abbès est même allé jusqu’à prétendre « avoir en tête le nom du futur président ». Et à constater qu’il n’a pas été remis à l’ordre par la présidence de la République, bien qu’il ne s’agit peut-être que de simples supputations, cela constitue une sorte de gage pour certains prétendants à une carrière politique. Enfin, beaucoup de choses pourraient se passer d’ici la fin du mandat de l’actuel président Abdelaziz Bouteflika, mais avoir près de 700 Assemblées populaires communales, 33 Assemblées populaires de wilaya et une grande partie de la majorité à l’APN et au Sénat, est une réalité avec laquelle tout le monde doit faire.