La rencontre organisée par le Conseil national de concertation pour le développement de la PME a été l’occasion pour les intervenants de revenir sur les récentes critiques de la Commissaire européenne au Commerce quant à la politique d’encadrement des importations nationales. Nacéra Haddad, vice-présidente du FCE, a tenu à marquer son désaveu quant à une telle prise de position.

Reporters : Comment avez-vous apprécié les critiques émises par la représentante de l’Union européenne quant à la politique nationale concernant l’importation ?
Nacéra Haddad : Cette réaction est disproportionnée, surtout à un moment où on assiste à une montée du protectionnisme au niveau des pays les plus libéraux. Nous l’avons vu entre la Chine et les Etats-Unis notamment. La prise de position de l’Union européenne en matière de liberté du commerce est paradoxale dans la mesure où ce sont les premiers à protéger leur économie, leurs marchés et leurs filières industrielles. L’Union européenne protège son économie alors que ses pays membres représentent les chantres de l’économie libérale.

Considérez-vous légitime les craintes des partenaires économiques de l’Algérie, notamment l’UE, concernant les mesures de restriction des importations ?
Ce qu’il faut savoir, c’est que l’Algérie a pris des mesures de sauvegarde de son économie de façon temporaire. Nous devons aller courageusement vers la substitution aux importations en améliorant justement le climat d’affaires pour créer une industrie forte. L’Algérie est un partenaire économique de l’UE et souhaite le rester. Mais en tant qu’Etat souverain, l’Algérie a le droit de créer les conditions de sa transition économique dans une relation avec ses partenaires fondée sur la coopération gagnant-gagnant. Les partenaires de l’Algérie doivent s’inscrire dans une logique d’investissement et de coproduction.

En tant que représentante du patronat algérien, vous avez eu à collaborer avec l’UE dans le cadre de projets nationaux de développement. Comment évaluez-vous cette coopération ?
Concernant la Commission européenne, je fais partie d’un atelier de coopération industrielle qui porte sur l’amélioration du climat des affaires. La commission européenne est censée, effectivement, nous accompagner à travers des programmes de coopération pour nous permettre d’améliorer nos performances économiques. Cela-dit, ils doivent faire preuve d’un meilleur engagement quant à la dimension  de la conformité aux normes européennes. Tous les pays de la région connaissent un retard du fait que la réglementation européenne est extrêmement exigeante. Nous faisons face à un refus d’améliorer cet aspect-là pour nous permettre de placer nos produits à l’export en Europe.

Un mot sur le classement Doing Business de la Banque mondiale qui a fait l’objet de la rencontre organisée par le CNCD-PME ?
Plusieurs aspects pris en compte par la Banque mondiale ne sont pas conformes à ce qui est observé sur le terrain. Il faudrait que des représentants agréés par l’Etat fournissent les données aux institutions internationales et non pas par des contributeurs. Ce sont des informations biaisées introduites par une mauvaise compréhension et un déficit en matière d’aptitude de collecte des informations. Lorsqu’on veut que les institutions internationales nous évaluent à notre juste valeur, nous sommes tenus à ce que nous mettions à leur disposition les informations dans les temps et par les sources autorisées. Il ne faut pas taire une information ou autoriser des contributeurs non qualifiés et se plaindre par la suite de perdre des places sur les classements mondiaux.