Reporters : Hier, à l’ouverture de la réunion de haut niveau sur «la lutte contre le financement du terrorisme en Afrique », le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel, a fait état de l’existence d’au moins onze typologies de sources de financement du terrorisme, citant, entre autres, la mendicité, le transfert de fonds et la contrefaçon de divers produits. Cette typologie s’est-elle élargie à ce point?

Kamel Rachedi : Le terrorisme évolue rapidement et prend des formes qu’il n’avait pas dans le passé. Cette évolution est si rapide et si complexe qu’il est devenu difficile de s’entendre sur les termes et les formulations pour le désigner. De ce point de vue, donc, il y a effectivement un  élargissement de la typologie qui définit les  formes de terrorisme et les sources de financement du terrorisme. Le terme de crime organisé qu’on utilisait auparavant ne suffit plus à comprendre le phénomène et à analyser ses ressorts. Les services engagés dans la lutte contre le phénomène l’ont compris depuis longtemps et étendent leur rayon d’action tant préventif que répressif, les études et les expertises universitaires spécialisées commencent à suivre et on le constate à chaque nouveau débat sur la question.

Selon certains organismes, les ressources du crime organisé représentent plus de 3 % du PIB de 15 pays africains réunis. Des données inquiétantes, non ?
Tout à fait. Et c’est même dangereux dans la mesure où il existe une réelle coalition entre le terrorisme et le crime organisé, à travers le commerce de stupéfiants, mais aussi d’autres formes telle que la contrebande. Il est important de noter ici que dans l’évolution rapide du phénomène terroriste les groupes et les mouvements qui l’animent s’emploient à la  diversification de leurs ressources, ce qui rend difficile le travail de renseignement et de lutte contre ses acteurs.

L’Algérie insiste aussi sur une approche globale pour lutter contre le terrorisme, une approche qui repose aussi sur la transparence et la bonne gouvernance de façon à rétrécir le champ d’expression que l’extrémisme pourrait exploiter. Quelle lecture faites-vous de cette approche ?
La position de l’Algérie est cohérente dans la mesure où la lutte contre le terrorisme ne doit pas s’arrêter à l’aspect policier et répressif uniquement, mais doit englober une démarche plus ambitieuse impliquant l’effort de développement et de lutte contre les inégalités. Dans les zones touchées par le phénomène terroriste, on constate que c’est la pauvreté et le manque de perspectives qui sont le moteur des groupes et agents recruteurs.  La bonne gouvernance est aussi un  moyen de lutte contre le terrorisme dans la mesure où elle  repose sur l’éradication de la corruption, le partage égal des richesses  et le respect des droits de l’Homme.  Ce n’est pas surprenant que l’examen régulier des questions liées au terrorisme dans notre région et dans le monde est toujours accompagnée d’interrogation sur les moyens d’intégrer les populations touchées par le phénomène dans des dynamiques économiques de développement. Des gens qui mangent à leur faim et qui ont un avenir ne succombent  pas facilement à l’extrémisme sauf quand il s’agit de réalité où le terrorisme fait l’objet d’instrumentalisation par des Etats et gouvernements.

Faites-vous allusion à des pays précis ?
Les événements liés au terrorisme en Syrie par exemple sont le résultat de certaines guerres qui se font par procuration.