Reporters : Vous animez des rencontres à l’occasion de ce printemps amazigh 2018, vous avez parlé de quoi exactement ?

Brahim Tazaghart : Dans mes rencontres, j’ai attiré l’attention que Mammeri n’a pas été au centre de la commémoration de ce 38e anniversaire du printemps amazigh, alors qu’il était à la source de cet événement, tant à travers sa personne que par ceux qui fréquentaient ses cours à la fac centrale et qui avaient encadré la contestation de 1980. Cela, d’autant plus que nous célébrons cette année le centenaire de sa naissance. Aussi, j’ai insisté sur la question amazighe dans le mouvement national. J’ai dit qu’en focalisant sur la crise anti-berbériste de 1949 comme on le fait souvent, on occulte le fait que tamazight a été le soubassement du mouvement de la résistance du peuple algérien à la colonisation française. En conséquence de quoi, on l’installe, sans le vouloir, à la marge de celui-ci, au carrément comme obstacle, ainsi que le souhaitaient les adversaires de l’algérianité. En deuxième lieu, en réduisant le mouvement amazigh à la crise anti-berbériste de 1949, on contribue à disqualifier la production intellectuelle, culturelle au profit d’un exercice politique brut, à la limite partisan. En troisième lieu, tout le monde reconnait que cette crise a eue des conséquences néfastes tant sur le mouvement national que sur la question amazighe. A cet effet, on ne peut faire d’un moment d’échec un moment fondateur.

En tant que militant de tamazight, quel regard portez-vous sur le combat identitaire entre hier et aujourd’hui ?
Le travail pour la réhabilitation de l’amazighité n’a jamais cessé. J’aime passionnément mon pays, sans limite. J’aime son histoire millénaire, sa culture de résistance, son peuple rebelle, ses plaines, ses montagnes, son désert fascinant. Je me sens partout chez moi, à Oran, à Batna, à Bechar… D’ailleurs, j’ai le même sentiment quand je me rends au Maroc ou en Tunisie… Les résistances légendaires de mon peuple, ses révolutions depuis Jugurtha à novembre 1954 m’ont toujours charmé. Je crois profondément à la République et à la nation algériennes, fruits de sacrifices de tout un peuple. Je crois à la vision républicaine de la nation qui est celle de mon pays. Tous nos territoires, d’Alger à Tamanrasset, de Tlemcen à El-Taref nous les avions arrachés par le sang et le martyre. Le tribalisme chauvin qui s’est emparé de la scène politique m’inquiète certes, mais sans plus.
En effet, au lyrisme des nationalistes nostalgiques, des islamistes fermés, répond le délire des séparatistes du MAK, fiers de se retourner contre leur propre pays dans un mouvement qui nous a toujours coûté très cher par le passé. Seulement, au grand dam des «séparatistes» antinationaux, des «arabo-intégristes» qui veulent nous asservir à l’Orient, je crois qu’il existe un destin algérien. Face à ses dérives qui s’annoncent et que des forces néfastes tant intérieures qu’extérieures soutiennent et sponsorisent, je plaide pour une Algérie algérienne, pour un grand Maghreb des peuples comme pensé par l’Etoile Nord-Africaine.