« 24 ans d’enseignement de tamazight : bilan et perspectives», telle est la thématique du colloque national dédié à l’enseignement de tamazight et organisé les 16 et 17 avril courant, à la Maison de la culture Taos Amrouche, par l’APC de Béjaïa, en collaboration avec le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA).

Durant ces deux derniers jours, des directeurs de l’enseignement et de la recherche du HCA, des inspecteurs et autres praticiens qui sont sur le terrain, notamment des pédagogues et des enseignants, se sont attelés à faire le point sur cette question depuis l’introduction de tamazight à l’école en 1995 jusqu’à aujourd’hui.
Lors des débats engagés pendant ce colloque, les différents intervenants ont tenu à relever des « insuffisances », mais aussi des « contradictions » entre le discours officiel et la réalité du terrain. Ainsi, M. Djamel Ikhloufi, inspecteur de tamazight au cycle moyen, affirmera que le nombre d’enseignants de tamazight en Algérie ne dépasse pas les 2 757, ce qui représente un taux de 0,56 % de l’effectif total des enseignants, qui s’élève à quelque 495 525. Pour ce qui est des élèves suivant les cours de tamazight à l’échelle nationale, l’orateur indiquera que le taux est estimé à 3,95 %, précisant que le gros de ces effectifs se trouve en Kabylie et dans les wilayas limitrophes, à savoir Bouira, Sétif, Bordj Bou-Arréridj et Boumerdès. Le comble, selon M. Ikhloufi, l’apprenant algérien de tamazight ne découvre cette langue qu’après 4 ans d’arabe et une année de français. Le conférencier rappellera, par ailleurs, qu’il n’y avait pas eu de texte juridique pour tamazight durant 13 années, soit de 1995 à 2008. « Il aura fallu attendre la loi d’orientation sur l’éducation nationale pour décréter officiellement son enseignement, alors qu’elle était déjà reconnue comme langue nationale depuis 2002», a-t-il soutenu.
Politiquement, cet inspecteur de tamazight estime que « le pouvoir en place a fait dans la ségrégation en matière d’hiérarchie entre l’arabe et tamazight.
En effet, si l’arabe est déclaré “langue, culture et civilisation”, tamazight est, par contre, considérée comme “langue, culture et patrimoine” ».
Évoquant le fameux article 34 de la loi fondamentale du pays, M. Ikhloufi considère que « l’apprenant algérien devra pouvoir apprendre cette langue, tamazight en l’occurrence, qui est nationale encore une fois, afin d’être en mesure de répondre à la demande », avant de plaider pour l’abrogation de cette disposition de loi. Pour l’intervenant, l’ouverture de 300 postes budgétaires pour tamazight en prévision de la prochaine rentrée scolaire, reste dérisoire. A noter que Mme Chérifa Bilek, directrice de l’enseignement au HCA, a fait un état des lieux en abordant le thème principal de la rencontre, à savoir « 24 ans après l’introduction de tamazight à l’école ». De son côté, M. Salim Guettouchi, pédagogue et enseignant à Batna, est revenu sur l’introduction de tamazight dans le pays chaoui, alors que le Dr Mustapha Tidjet, maître de conférences à l’université de Béjaïa et néanmoins directeur du centre national de recherches en langue et culture Amazighes, a tenté de répondre à cette lancinante question  de savoir « quelle langue amazighe enseigner au primaire ? ». Enfin, il est à signaler que les travaux de ce colloque national initié par l’APC de Béjaïa devraient être sanctionnés par la publication de recommandations visant à contribuer à la promotion et l’amélioration de l’enseignement de la langue amazighe dans l’école algérienne.