Journaliste depuis les années 1980, responsable de la communication chez un opérateur de téléphonie, écrivain, ministre, Hamid Grine possède plusieurs cordes à son arc.

Divers dans ses conceptions, multiple dans ses créations, il poursuit son bonhomme de chemin d’écrivain maghrébin d’expression française sans faire de vagues. Il ne déchaîne pas de passion, mais ne laisse personne indifférent. Revenu à l’écriture, après sa parenthèse ministérielle, Hamid Grine se livre à Reporters. Discussion à bâtons rompus.

Reporters : Eclectique, Hamid Grine s’est essayé à différentes variétés d’écriture, sport, romans, essais, nouvelles. Avec «Clandestine», c’est la violence qui fait irruption dans votre univers littéraire. Est-ce un virage de votre œuvre, ou est-ce que cette violence latente a fini par s’imposer ?
Hamid Grine : Je n’aime pas la violence, qu’elle soit verbale ou physique. Les deux relèvent du refus de l’autre. Il se trouve que l’idée de «Clandestine» s’est imposée à moi dès lors qu’un ami médecin m’a parlé d’une fille qui voulait faire une mammectomie juste pour continuer à travailler. Elle voulait gommer sa féminité pour des raisons alimentaires. Comment alors ne pas parler de cette fille de Bentalha, de violence et de ce lieu d’un massacre sanglant qui a fait frémir d’horreur tous les Algériens.

Ombres, lumières, jours, nuit, miroir, feu, mémoire… des mots qui reviennent dans le titre de tes romans. Hasard, complicité, ou attirance avec les différentes nuances d’éclairages ?
J’aime les contrastes qui brisent la monotonie des phrases et des jours. La vie est contraste. J’aime les films en noir et blanc. Je pense qu’ils sont plus vrais que ceux en couleurs. Ils rendent la vie telle qu’elle est : noire et blanche. Parfois avec des nuances. Mais les nuances, vous le savez bien, si elles perdurent, deviennent grises.

Vous parlez en 2011, dans «Camus dans le narguilé», de l’écrivain pied-noir éponyme. Il n’y a pas eu de réaction de la part de l’intelligentsia algérienne, alors que le roman de Kamel Daoud «Meursault, contre-enquête» a provoqué un tollé. Pourquoi ?
Quand le roman de Daoud a été publié en Algérie, il n’a soulevé aucun tollé comme vous dites. C’est quand il est sorti en France qu’il y a eu polémique. Parce que toute publication en France d’un écrivain algérien est scrutée à la loupe. Parfois déformante, parfois excessive, toujours grossissante. Cela dit, chacun est libre de penser et de critiquer n’importe quelle œuvre. Mais l’œuvre, pas l’écrivain. Aucune œuvre n’est sacrée, hormis le livre sacré. Pour prendre un exemple français, Céline était un écrivain collabo. Donc un traître à son pays. Mais «Voyage au bout de la nuit», quel livre génial ! Personnellement, j’ai beaucoup aimé le roman de Daoud. Et j’ai d’excellentes relations avec l’homme et l’écrivain.

«Clandestine», est-ce un roman sur l’Algérie d’aujourd’hui, chômage, œillères et désespoir, celle d’un hier pas très lointain de sang et de pleurs, ou une allusion à une homosexualité non assumée et tue par la société ?
«Clandestine» est un roman de l’espoir. Il faut croire en nous. Croire dans notre pays. Il faut se forger une morale de l’existence capable d’offrir à chacun le salut par le travail et par le combat au quotidien. Combat contre les différents maux de notre société : laxisme, intolérance, fainéantise, extrémisme, sexisme… Il n’y a aucune trace d’homosexualité dans le roman. Hayat, le personnage principal, n’a aucune tendance. Elle veut couper ses seins pour continuer à se faire passer pour un homme et, par conséquent, continuer à travailler au milieu de ses collègues qui la prennent pour un homme. N’oublions pas que c’est une rescapée de Bentalha. Donc une traumatisée, donc une fille sans famille dans un milieu très hostile aux femmes.

Vous avez vécu beaucoup de vies professionnelles. Dans laquelle vous vous êtes senti le mieux ?
Tour à tour ou en même temps, parfois, j’ai été journaliste, créatif, communicant, ministre. J’ai aimé toutes ces fonctions qui m’ont permis de m’enrichir humainement.