Les rumeurs se font de plus en plus persistantes sur un définitif hors-jeu de l’un des acteurs les plus importants de la Libye post-Kadhafi, le maréchal Khalifa Haftar. Depuis son hospitalisation en France, après un bref passage en Jordanie suite, dit-on, à un AVC qui aurait sérieusement compliqué son état de santé et compromis son avenir politique, la situation en Libye risque de se compliquer.

Malgré les infirmations de sa famille et même des autorités françaises sur la dégradation de son état de santé, le fait que Haftar n’est plus apparu depuis plus de trois semaines ne fait qu’alimenter les rumeurs, voire les confirmer. Véritable homme fort de la Libye actuelle, Khalifa Haftar contrôlait tout l’est du pays riche en hydrocarbures. Il avait constitué une armée solide avec le soutien du Parlement élu et mené bataille contre les groupes d’obédience islamiste. Ce qui lui a valu le soutien de la France, de la Grande-Bretagne mais aussi de la Russie, de l’Egypte et des Emirats. Même si Haftar n’a pu contrôler Tripoli, tant militairement que politiquement et ce, malgré le soutien des pays précités. Si la mise à l’écart pour cause de santé de Haftar venait à se confirmer, cela ouvrirait la porte à une véritable redistribution des cartes en Libye. Le personnage constituait un élément important dans le processus politique et sécuritaire libyen. Son charisme et ses capacités à tisser des alliances tant internes qu’extérieurs faisait de lui un acteur incontournable de l’avenir de la Libye. Les rumeurs bruissent sur son éventuel successeur. L’on parle de ses enfants, Khaled et Saddam, et aussi du président du Parlement de Tobrouk. Mais les dissensions sont telles que tous les scénarios sont ouverts. Sa succession semble déjà susciter une tension extrême et les tractations internes et externes sur la transmission vont bon train. Avec des pics sécuritaires comme la récente tentative d’assassinat de Abderrazzaq Nazouri, son adjoint et remplaçant officieux.

Instabilité chronique
L’Egypte et les Emirats arabe unis, qui ont fortement investi sur le maréchal Haftar, devraient peser dans la succession. Dans les jours qui ont suivi l’officialisation de l’hospitalisation de Khalifa Haftar, une réunion de très haut niveau aurait eu lieu dans la capitale égyptienne. Deux très hauts responsables de l’armée égyptienne et un représentant très important des Emirats y auraient participé, selon certaines sources. Ils se seraient ainsi mis d’accord sur le nom de la personne qui a leur faveur pour succéder à Khalifa Haftar, à savoir le général Abdessalam Hassi. Figure importante de l’ANL (Armée nationale libyenne) dans la lutte contre nombre de groupes extrémistes, il jouera un rôle probant dans la  «libération de Benghazi » à l’été 2017. Mais ce militaire réputé discret souffre aussi de certains handicaps dont un manque de soutien populaire et la nature de son appartenance tribale. Les Hassi, auxquels il appartient, sont une grande tribu libyenne, mais ce prestige pourrait se heurter à de nombreuses rivalités et suspicions, dont celle des Farjani, tribu d’origine de Khalifa Haftar, qui verraient mal leur écartement symbolique de la scène politique. Parmi les rivaux d’Abdessalam Hassi, on retrouve justement  le nom d’Abderazaq Nazouri, chef d’état-major de l’ANL. Numéro deux de l’ANL, bien plus connu et populaire que Hassi, Abderrazaq Nazouri a aussi l’avantage d’être soutenu par les corps et bataillons principaux de l’ANL. Dans le même temps, Nazouri compte moins aux yeux de l’Égypte et même des Emirats, dont il n’est pas véritablement proche. Cela rend le soutien à sa nomination malaisé. Ce possible éloignement du maréchal Haftar de la scène libyenne pourrait également remettre en selle Seif Al Islam Kadhafi, qui ne cache plus ses ambitions de participer aux élections prochaines en Libye. La Libye, qui vit une situation d’instabilité chronique avec le règne des milices, la scission politique et territoriale et une incapacité à se projeter, pourrait bien voir sa situation se compliquer avec une redistribution des cartes.