Deux syndicats ont décidé de rejoindre officiellement la marche, à laquelle a appelé un collectif d’étudiants, qui doit avoir lieu aujourd’hui à Béjaïa sur un itinéraire compris entre le campus universitaire Targa Ouzemour et la placette Saïd-Mekbel, au centre-ville.

Il s’agit du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap) en collaboration avec la Confédération générale autonome des travailleurs algériens (CGATA) et la section locale du Conseil des lycées d’Algérie (CLA). Une rumeur a circulé sur la participation d’un troisième syndicat, le Satef, mais il semblerait que seuls quelques-uns de ses militants sur place prendront part à la manifestation. Sa direction nationale à Alger a indiqué formellement à Reporters qu’elle n’était «pas concernée» par la démonstration. L’engagement du Snapap et du CLA, quant à lui, restait motivé hier par deux arguments : «Dénoncer le rejet» par l’APN d’un projet d’amendement déposé par le Parti des travailleurs (PT) à la veille du vote de la loi de finances 2018, le 26 novembre dernier, «s’élever contre les mesures d’austérité contenues dans cette loi», alors que son entrée en vigueur est prévue dans quelques semaines, en janvier prochain.
A ce propos, le Conseil des lycées n’a pas fait de déclaration publique, le Snapap/CGATA, en revanche, a publié, en date du 8 décembre dernier, un communiqué par lequel il dénonce dans sa première partie «l’annulation de l’impôt sur la fortune» et appelle à «l’union des travailleurs pour dire non à ce que l’Algérie devienne la propriété privée des oligarques et des barons de l’argent». La deuxième partie du texte est consacrée à tamazight et à la dénonciation de l’APN pour avoir rejeté l’amendement du Parti des travailleurs (PT) en violation de la Constitution et de son article sur l’engagement de l’Etat à promouvoir la langue berbère. «C’est un précédent grave», a renchéri hier le porte-parole du Snapap. Nabil Ferguenis ajoute que le vote de la loi de finances 2018 et le rejet du projet d’amendement du PT sont une «honte». «Les députés, poursuit-il, sont censés respecter la loi suprême» et de «ne pas aggraver les déchirures». «Nous ne comprenons pas pourquoi ces députés refusent un amendement visant la promotion de tamazight. C’est au pouvoir d’assumer seul les conséquences», a-t-il conclu. Le projet d’amendement du PT porte le numéro 36 et la signature de la parlementaire du parti, Nadia Chouitem. Il propose «l’introduction d’un nouvel article 104 bis dans le projet de loi de finances 2018 stipulant que l’Etat veille à la généralisation de l’enseignement de la langue amazighe dans l’ensemble des écoles publiques et privées».
«L’enseignement doit être obligatoire et appliqué de manière graduelle», souligne encore la députée, sous-entendant la nécessité de mobiliser des ressources financières – loi de finances oblige – nécessaires à un enseignement et une généralisation accélérés de la langue. Sa recommandation ne surprend pas car sa formation politique milite depuis très longtemps pour la reconnaissance pleine de tamazight ainsi que sa promotion par l’école et les autres institutions de l’Etat algérien. Ce qui surprend, outre le fait que le PT n’a appelé à aucune manifestation pour la défendre, c’est la réaction tardive que cette offre rejetée a provoqué d’abord, chez le collectif d’étudiants, qui a appelé depuis près de deux semaines à la marche d’aujourd’hui, ensuite, chez les syndicats qui ont décidé de lui emboiter le pays et battre le pavé pour une initiative qui n’est pas sans risque de débordements. Aujourd’hui, il n’y a pas que des étudiants et des militants syndicalistes qui vont marcher à Béjaïa. A côté d’eux, il y aura aussi des lycéens et des collégiens. Au milieu, il y aura également des sympathisants du MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) qui auraient été les premiers, selon certains observateurs, à appeler à cette marche. «Faux !», réagit le porte-parole du Snapap, M. Ferguenis. «Cette marche est l’initiative de la communauté universitaire, des militants de la société civile et des syndicalistes qui défendent l’unité nationale», précise-t-il. A voir, donc, ce qui va se passer sur le terrain. A noter que dans la soirée de samedi à dimanche derniers, des centaines d’étudiants sont sortis des trois résidences universitaires mitoyennes, 17-Octobre-1961, la pépinière et 1 000 lits, pour improviser une marche à travers les rues de Béjaïa. Les manifestants ont protesté contre ce qu’ils qualifient de «minoration» de la langue amazighe. Après avoir sillonné les artères de la ville, en scandant des slogans hostiles au pouvoir en place, les étudiants protestataires ont convergé vers la cité universitaire de Targa Ouzemour. Par ailleurs, des milliers de personnes ont battu le pavé, hier, à Akbou, à l’appel à la marche de la «dignité», lancé la veille par un collectif de lycéens de la même ville. Le coup d’envoi de la manifestation, à laquelle ont pris part de nombreux citoyens de la région, a été donné vers 10H30, depuis le lycée technique 20-Août-1956 de Guendouza, un quartier populaire situé en contrebas de la deuxième ville de la wilaya de Béjaïa.
Empruntant un parcours de plus de trois kilomètres, les marcheurs ont hissé des drapeaux «amazigh» et ceux du Mouvement d’autodétermination de la Kabylie (MAK), tout en scandant les traditionnels slogans en faveur de la langue et culture amazighes, tels que «Assa, azekka, tamazight tella tella !» (Aujourd’hui, comme demain, tamazight existera toujours !», «Ulac smah ulac !» (Nous ne pardonnerons pas), «Mazalagh d-Imazighen !» (Nous sommes toujours des Amazigh)… Un fait marquant, le nouveau président de l’APC d’Akbou, Mouloud Salhi, a tenu à participer à cette marche citoyenne dédiée exclusivement à la cause identitaire amazighe en Algérie. A l’issue de cette manifestation, certains organisateurs ont pris la parole sur la place Colonel-Amirouche, pour «exiger la promotion de la langue amazighe» et «dénoncer la diminution du budget du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) par les députés de la majorité».