«Les banques conventionnelles doivent faire preuve d’une prudence particulière quant aux modalités de commercialisation de produits alternatifs, aux côtés des produits classiques», a déclaré, hier, Abderrahmane Raouya, lors du premier atelier organisé, hier à la Safex, par l’Associations des banques et établissements fi nanciers (Abef) et consacré à la fi nance islamique.

«C’est délicat», a-t-il admis, devant une assistance composée essentiellement de directeurs de banques.
Outre cette prudence, le ministre des Finances exige une organisation adaptée au sein des banques, et assurer une séparation de traitement entre les opérations de crédit des entités classiques et celles dites participatives, auxquelles s’ajoute l’impérative installation d’un comité de surveillance pour veiller à la conformité de ces produits. Le secteur bancaire, ajoutet- il, «se doit de traduire sur le terrain sa volonté de tout mettre en oeuvre pour la mobilisation de toutes les ressources fi nancières disponibles détenus sous forme d’épargnes». D’où la nécessité de mener une approche nouvelle, capable de répondre aux préoccupations de toutes les épargnes, et d’aller au-devant de cette catégorie de clientèle et lui proposer des crédits bancaires en accord avec leurs attentes particulières. S’adressant aux responsables de banques, M. Raouya leur demande d’être «novateurs » et «mettre des dispositifs spécifi ques à ces épargnants, permettant de proposer des instruments adaptés à ce profil d’investisseurs, parvenir à capter cette épargne et réussir l’inclusion fi nancière d’agents économiques non bancables à ce jour». Objectif : «asseoir un système bancaire conforme aux standards internationaux».
Mais la démarche est loin d’être une sinécure. L’année 2018, a-t-il avancé, connaîtra plus de fl exibilité en matière d’élargissement de la fi nance participative, pratiquée déjà par deux banques privées depuis plusieurs années.
A propos des échanges d’expériences, le ministre annonce qu’une mission d’experts de la banque islamique de développement sera à Alger dans les jours qui viennent pour un état de lieux et une identifi cation de mesures prioritaires. Par ailleurs, il a expliqué que le développement de ces instruments alternatifs est «possible dans le contexte actuel». Il suffi t, à ses yeux, d’«encourager l’ouverture des fenêtres islamiques dans des banques conventionnelles, ce qui constitue un moyen rapide pour le développement des instruments de la fi nance alternative». D’autre part, il est question de structurer les émissions obligataires de type participatif dans le cadre du dispositif légal et réglementaire actuel.

OUVERTURE DE BUREAUX DE LA BEA EN FRANCE
Sollicité par les journalistes à l’issue de cet atelier, l’argentier du pays annonce également l’ouverture de bureaux de la Banque extérieure d’Algérie à l’étranger.
«La France sera le premier pays concerné», précise-t-il confi rmant l’annonce faite samedi par le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal. « La Banque extérieure d’Algérie ouvrira cinq agences bancaires en France dès 2018. Ces agences seront installées dans cinq villes françaises choisies en fonction de la densité de la communauté algérienne », avait déclaré M. Loukal. A propos des réserves de change, M. Raouya a rappelé les prévisions de son ministère qui tablent sur une baisse des réserves à 87 milliards de dollars à la fi n 2019 mais a souhaité que la diversifi cation économique et la croissance escomptée des exportations des hydrocarbures couplées à une réduction des importations devraient faire redresser ces réserves.

2018, ANNÉE DE LA FINANCE ISLAMIQUE
Par ailleurs, Boualem Djebbar président de l’Association des banques et établissements fi nanciers (Abef), a relevé l’importance que revêt la diversifi cation des produits bancaires.
Pour lui, la fi nance islamique est une réalité. « Les banques n’ont pas cessé de diversifi er et adapter leurs off res de produits fi nanciers pour se rapprocher de leurs clients et participer à l’inclusion fi nancière », a encore indiqué Boualem Djebar, évoquant la volonté des établissements affi liés à son association de proposer des off res qui soient en accord avec le contexte économique et social du pays. L’objectif pour le gouvernement étant, depuis le début de la chute de la fi scalité pétrolière en 2014, de réduire la masse monétaire hors circuit à travers une plus grande bancarisation des fi nances informelles. « Le thème de la fi – nance islamique a été boosté ces derniers mois, mais il existait depuis 25 ans en Algérie à travers la banque Al Baraka et Al Salam Bank », rappelle le responsable de l’ABEF, affi rmant que depuis cette année 2017, la fi nance islamique se développe à travers des fenêtres de produits fi nanciers chez les banques privées et publiques.
« Ce programme a bénéfi cié de l’accompagnement de la Banque centrale et devient une réalité aujourd’hui », a-t-il soutenu tout en indiquant que dès l’année prochaine, ce sont toutes les banques de la place qui devraient s’impliquer dans la fi – nance islamique.

AL BARAKA BANK FINANCERA LE LPP EN 2018
Même si les experts présents au premier atelier Expofi nance 2017 jugent la marge de progression de la fi nance islamique en Algérie encore grande, les établissements qui y sont dédiés communiquent des bilans positifs : « Nos produits d’épargnes progressent chaque année de 10% minimum.
Nous clôturons l’année 2017 avec 12 000 clients s’agissant du fi nancement des biens de consommation », détaille Said Karim chargé du fi nancement de la consommation au sein de la banque Al Baraka. D’autre part, la volonté affi rmée des banques islamiques est de s’impliquer d’avantage dans les diff érents types de fi nancements, particulièrement, le fi nancement de l’immobilier. « La banque Al Barak lancera en 2018 le fi nancement des logements publics promotionnels (LPP, Ndlr) », confi e le représentant de la banque islamique.
Intervenant au cours de cette rencontre, Anis Terrai, expert à la Banque islamique de développement, a abordé la fi nance islamique et ses atouts.
Sur ces derniers, il cite en particulier l’off re de solutions innovantes de fi -nancement du secteur privé, ainsi que la contribution au développement d’un système intégré pour gérer la fi scalité ordinaire, la redistribution et les prélèvements sociaux.