Que l’Etat fasse le nécessaire pour remettre en selle les bureaux de change, cela ne va pas enrayer le marché parallèle de change, a fortiori en ces temps de déséquilibre du niveau de l’économie et des comptes extérieurs du pays.

Il semble désarmé face à un phénomène enraciné. Et le ministre des Finances, Hadji Baba Ammi, le reconnaît à mots à peine voilés.

En effet, Baba Ammi, intervenant jeudi, 5 janvier, au Sénat, à l’occasion d’une séance plénière consacrée aux questions orales, a indiqué que l’ouverture de bureaux de change ne peut, à elle seule, remédier au problème du marché parallèle. Car, a-t-il ajouté, l’offre en monnaies étrangères est faible, alors que la demande sur la devise ne cesse d’augmenter, dans un pays où le tourisme, un des secteurs pourvoyeurs de devises, en dehors des hydrocarbures, est au creux de la vague. Effectivement, le recul de l’offre de la devise forte par les non-résidents, en raison de la baisse du volume de l’activité touristique du pays, n’est pas un bon signe. S’y ajoute la petite marge bénéficiaire, fixée à seulement 1% par la Banque d’Algérie. Evidemment, pareille situation n’incite pas les opérateurs à investir dans les bureaux de change. D’ailleurs le nombre de bureaux qui étaient déjà opérationnels a fortement baissé. Ainsi, sur les 46 agréments accordés, au milieu des années 1990, pour ouvrir des bureaux de change, 40 ont été retirés, dont 13 sur demande des bénéficiaires, et 27 autres ont été annulés. Cela n’aura pas été sans conséquence sur la politique de change. Celle-ci a été écorchée par des cambistes qui ont investi le marché informel. Ils décident d’eux-mêmes des taux de change au détriment de l’économie nationale. Le phénomène n’est pas près de s’atténuer. Et, le gouvernement ne paraît pas enclin à faire quoi que ce soit, pour qu’il le soit. En tout cas, l’actuelle législation sur la politique de change n’aura pas été chamboulée. Le ministre des Finances ne dit pas le contraire. Ainsi, réfutant la promulgation d’un quelconque décret exécutif en avril dernier, il a précisé que les quarante-six bureaux de change évoqués ont obtenu en fait un agrément de la Banque d’Algérie (BA) conformément à l’instruction 08-96 et l’instruction 13-97, et la directive n° 07-95 relative au contrôle du change. Et fait important, «les bureaux de change ne peuvent vendre de devise aux citoyens résidants que dans des cas fixés par la loi». Il y a en revanche du nouveau dans l’émission de titres.

Emprunt sans intérêt : un projet à l’étude
Le ministre des Finances a fait état d’un projet à l’étude pour l’émission d’emprunts sans intérêt rappelant par la même occasion que nombre de banques notamment la Caisse nationale d’épargne et de prévoyance (CNEP) et la Banque de développement local (BDL) émettent au profit du large public des titres sans intérêt, outre l’existence d’un livret d’épargne sans intérêt.
Il s’agit là de nouveaux produits bancaires à taux d’intérêt nul, dont l’énoncé a été formulé, il y a plus d’un an, dans le cadre d’une stratégie globale dont l’objectif est d’attirer les fonds informels et d’inciter les populations qui ne veulent pas traiter avec le système bancaire classique pour des raisons d’ordre religieux, de faire fructifier leur argent.
Le ministre a tenu à préciser à ce sujet qu’il n’existe pas de banques islamiques et de banques non islamiques, affirmant qu’il y a des banques soumises à un système bancaire international et qui peuvent proposer des services avec ou sans intérêt en matière d’épargne.
Il a ajouté qu’il est question de modernisation du système financier par la diversification des prestations offertes aux clients.

Des produits à taux zéro
La loi autorise les banques et les établissements financiers à proposer des prestations qui ne sont pas basées sur le taux d’intérêt, et des instructions ont été données dans ce sens à l’ensemble des banques publiques d’où le produit «Moucharaka» ou Mourabaha. Concernant l’Emprunt national pour la croissance économique, lancé en avril dernier, le ministre a fait état de la collecte d’un montant global de 560 milliard de dinars (un peu plus de 5 milliards de dollars) affecté au financement d’infrastructures de base telles que des ports, des voies ferrées et d‘extension des zones industrielles. il a par ailleurs souligné que l’opération de mise en conformité fiscale volontaire a incité nombre de commerçants et de chefs d’entreprises non structurés à intégrer le secteur formel.
En réponse à une autre question sur une possible ouverture, pour les Moudjahidine, de l’importation de véhicules touristiques, le ministre a affirmé que les invalides de la guerre de Libération nationale ont le droit d’acquérir ce genre de véhicules de l’étranger ou auprès d’un concessionnaire automobile tous les cinq ans avec exonération totale des droits et taxes de douane ainsi que des procédures de contrôle sur le commerce extérieur et de change. Cette mesure profite depuis longtemps aux Moudjahidine et demeure en vigueur, a rappelé le ministre.