L’Algérie est «un partenaire stratégique» de l’Union européenne a affirmé, hier à Alger, la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini. Pour la représentante de l’UE, présente à 2e session du dialogue de Haut niveau sur la sécurité régionale et la lutte contre le terrorisme, les défis face au voisinage commun font de l’Algérie et de l’UE des «partenaires privilégiés». Réponse du chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel : on attend du dialogue avec les pays de l’Union européenne «une meilleure compréhension réciproque, une lecture correcte de nos préoccupations».

Ainsi, la visite, hier à Alger, de Federica  Mogherni a permis d’entendre de belles paroles sur la relation algéro-européenne, mais vite rattrapée par deux discours pour le moins différents, voire significatifs des difficultés que connaît cette relation. Pour Federica Mogherni, l’Algérie et l’Union européenne sont des «partenaires naturels» en matière de sécurité et de lutte antiterroriste, a ajouté la Haute Représentante de l’UE. Elle a rappelé qu’il s’agit, pour elle, de la 3e visite effectuée en Algérie durant son mandat et estimé que cette rencontre «sera la deuxième d’une longue série de rencontres positives et particulièrement importantes pour la sécurité des citoyens» algériens et européens.
Pour la cheffe de la diplomatie européenne, l’importance des rapports entre Bruxelles et Alger n’est plus à démontrer. Entre les deux parties, beaucoup de dossiers sont considérés comme une «priorité commune», a-t-elle dit en laissant comprendre que parmi ces dossiers il y a ceux de la Libye, du Sahel, de la lutte contre la migration clandestine sans compter les points relatifs aux domaines économique, scientifique et énergétique. Sur la Libye en particulier,
Mme Mogherini a indiqué que la conférence sur la Libye, en cours à Palerme en Sicile, est «une opportunité pour coordonner les activités et les actions entre les deux parties».
Aux yeux du chef de la diplomatie algérienne, en revanche, Alger demeure encore sceptique sur la manière dont les pays de l’UE perçoivent la relation entre les deux parties. Ses déclarations à ce sujet, hier, ont même laissé apparaître un certain agacement de la part des autorités algériennes à ne pas être suffisamment entendues lorsqu’il s’agit pour elles de mettre
en avant les intérêts du pays. L’Algérie
attend de son dialogue stratégique avec l’Union européenne (UE) sur la sécurité régionale et la lutte contre le terrorisme «une meilleure compréhension», une «lecture correcte» des
préoccupations respectives et une «conjonction des actions» en faveur de la paix, a déclaré
Abdelkader Messahel.
Pour un ministre diplomate qui a l’usage des discours policés, il y a eu chez lui un langage de vérité dont on soupçonnait l’existence – depuis les incompréhensions nées de la question économique et de la réduction du niveau des importations au moins mais également sur les questions de sécurité en Libye et au Sahel – mais qui vient d’éclater au grand jour !
«Comme avec les autres partenaires aussi, nous attendons de ce dialogue une meilleure compréhension réciproque, une lecture correcte de nos préoccupations respectives ainsi qu’une conjonction des efforts et des actions en faveur du renforcement de la paix, de la sécurité et de la stabilité là où elles sont rompues ou menacées dans notre voisinage commun comme au niveau global», a ajouté Abdelkader Messahel qui semble avoir dénoncé une politique européenne des «deux poids, deux mesures» et réclame une réciprocité des intérêts.
Le chef de la diplomatie algérienne a appelé à «plus de coopération» dans les domaines de la cybercriminalité et le cyber-terrorisme. Il a souligné, à l’occasion, «l’indivisibilité de la paix et de la sécurité», faisant remarquer que «cette donnée nous est rappelée régulièrement par l’instabilité et l’insécurité que véhiculent, à la fois, le non-règlement des conflits que vivent des pays tels que le Mali, la Libye, le Sahara occidental, ou encore l’aggravation de la menace terroriste dans des espaces aussi vastes que ceux de la bande sahélo-saharienne».
M. Messahel a soutenu ainsi que l’Algérie «ressent les conséquences sur la sécurité de ses frontières», rappelant que le pays déploie
d’«intenses efforts» et «mobilise d’importantes ressources» au service de sa propre sécurité et de celle de ses frontières. «Le fardeau est lourd», a-t-il affirmé. Alors que la Conférence de Palerme sur la Libye devrait se clôturer aujourd’hui par des recommandations qui devraient annoncer de nouvelles sollicitations des pays voisins et de l’Algérie, voilà un message qui ne passera pas inaperçu.