Les prix du pétrole montaient légèrement hier en cours d’échanges européens au lendemain d’un accord des pays de l’Opep et de leurs partenaires, dont la Russie, portant sur une prorogation de leurs quotas de production. Ainsi, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en février, dont c’est le premier jour d’utilisation comme contrat de référence, valait 63,15 dollars sur l’Intercontinental

Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 52 cents par rapport à la clôture de jeudi.
Dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de light sweet crude (WTI WTI Le West Texas Intermediate (WTI), aussi appelé Texas Light Sweet, est une variation de pétrole brut faisant office de standard dans la fixation du cours du brut et comme matière première pour les contrats à terme du pétrole auprès du Nymex (New York Mercantile Exchange), la bourse spécialisée dans l’énergie ) pour livraison en janvier valait 57,78 dollars, 38 cents de plus que la veille. Cette tendance devrait se poursuivre et prendre de l’ampleur au cours des mois à venir, la prorogation jusqu’à la fin de 2018 de l’accord de limitation de la production étant un signal fort montrant l’engagement des pays membres de l’organisation pétrolière et des pays pétroliers qui lui sont extérieurs de vouloir stabiliser les cours du brut. Par cette décision, l’Opep a clairement montré qu’elle est capable de mener des discussions fructueuses, y compris avec des pays qui n’en sont pas membres, de dégager des solutions consensuelles et de peser, par la même, sur le cours des choses sur la scène énergétique mondiale.
Par cette mesure, elle a osé en fait s’attaquer à relever un défi majeur, celui de faire remonter de manière significative et durable les prix de l’or noir. Et elle semble avoir le souffle et la capacité de le faire. Toutefois, cela n’est pas une mince affaire ; la partie a été du reste serrée jeudi dernier pour faire aboutir la décision de proroger l’accord de limitation de la production. Il aura fallu dix heures de pourparlers pour l’entériner. L’Arabie saoudite et la Fédération de Russie ont joué un important rôle dans cette prise de décision. Et l’Iran s’est montré coopératif et flexible. Preuve de l’importance qu’elle attache à sa position au Moyen-Orient, la Russie s’est alignée sur celle de l’Arabie saoudite, le premier exportateur mondial de pétrole. Les deux pays se sont rapprochés ces derniers mois, malgré leurs divergences sur le conflit syrien. Le roi Salmane d’Arabie saoudite s’est rendu en octobre à Moscou, une première, où d’importants accords militaires et économiques ont été scellés.

Riyad, Moscou, l’entente cordiale
La reconduction du soutien russe n’était pourtant pas acquise, les entreprises nationales étant tentées de profiter de la reprise des cours. Il faut admettre que la Russie est un pays « différent » de l’Arabie saoudite, a reconnu le ministre saoudien, Khaled al-Faleh. Riyad a également pu faire prévaloir sa position au sein même de l’Opep, en dépit des frictions politiques au Moyen-Orient, notamment entre elle et Téhéran, tandis que le Qatar est toujours soumis à un blocus de ses voisins arabes. Le royaume jugeait crucial de prolonger l’accord de limitation de production qui a permis une remontée des prix du brut et a renfloué les caisses de la pétromonarchie saignées par l’effondrement des cours entre 2014 et 2016, en raison d’une surabondance de l’offre. L’Arabie saoudite poussait, en réalité, depuis quelques mois, au prolongement de l’accord, dans un contexte où le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), le nouvel homme fort de Riyad, voulait apporter un vent de changement dans le pays. MBS ne peut cependant se permettre de voir les cours flancher à nouveau s’il veut mener à bien ses projets de réforme, estiment les analystes.
Le baril de Brent, qui fait référence en dehors des Etats-Unis, évolue désormais au-dessus des 60 dollars, après avoir plongé jusqu’à 26 dollars en février 2016. Le ministre saoudien a réaffirmé que son pays était prêt à des efforts supplémentaires si d’autres participants à l’accord manquaient de discipline. Concession à la Russie, le communiqué final, élaboré à l’issue de la rencontre de jeudi dernier, souligne que l’accord pourrait être revu à la prochaine réunion, en juin 2018. Ce rendez-vous nous donnera l’occasion (…) d’évaluer l’état du marché et de voir s’il reste des choses à faire pour rééquilibrer l’offre et la demande, a dit le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak. Avant la réunion de jeudi, le ministre de l‘Energie saudien Khalid al-Falih, estimait que parler d‘un arrêt de l‘encadrement de la production serait prématuré pendant encore quelques trimestres. Un point sur la situation sera fait lors de la prochaine réunion de l‘organisation, en juin, avait-il déclaré. Lorsque nous sortirons de l‘accord, nous le ferons très progressivement (…) pour être sûrs de ne pas perturber le marché, avait souligné le ministre saoudien. Les ministres du Pétrole irakien, iranien et angolais avaient également signalé qu‘un réexamen de l‘accord était envisageable en juin si le marché devenait trop tendu. En résumé, vingt-quatre pays, comptant pour quelque 60% de l’offre mondiale, vont continuer à tailler dans leur production à hauteur de 1,8 million de barils par jour au total. Ils ont également décidé de plafonner la production du Nigeria et de la Libye aux niveaux de production de 2017, mais sans donner de chiffre précis. Ces deux pays bénéficiaient jusque-là d‘une dérogation à l‘accord en raison de troubles politique internes.

Partie serrée face aux Etats-Unis
« Malgré une petite montée, la réaction globalement absente des marchés montre que cette décision était déjà intégrée » dans les cours, a expliqué Lukman Otunuga, analyste chez FXTM, qui a également indiqué qu’une des raisons expliquant la légère poussée des cours pourrait résider dans l’intégration aux efforts de la Libye et du Nigeria, jusque-là exemptés en raison de leur situation politique troublée qui débouchait sur des productions inférieures à la normale. Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB, a expliqué pourquoi les investisseurs avaient quelques raisons d’être confiants dans les promesses de l’Opep et de ses partenaires malgré le fait que, dans une concession à la Russie, un passage en revue de l’accord soit prévu en juin prochain.
L’Opep joue une partie serrée face aux Etats-Unis. Dopées par les gisements de pétrole de schiste, les extractions américaines ont atteint en novembre des niveaux hebdomadaires records. Elles pourraient être encore encouragées par une poursuite du redressement des prix. Pour rappel, les quotas actuels, mis en place en 2016 pour soutenir le prix du baril, ont été prolongés jusqu’à fin 2018 par les pays exportateurs réunis jeudi à Vienne. L’accord porte sur une réduction globale de la production des pays signataires de 1,8 million de barils par jour (mbj) environ. Pour sa part, le prix du panier de référence du brut de l’Opep, s’établissait jeudi à 61,06 dollars le baril contre 61,14 dollars la veille, a indiqué vendredi l’organisation sur son site Web.