Le réalisateur Krimat Abderrahmane a participé, il y a quelques jours, à l’événement «Book City» qu’organise annuellement la ville de Milan (Italie). L’occasion pour lui de présenter un de ses trois documentaires pour évoquer l’importance de la tradition dans un monde où la perception de la modernité n’est pas unanime.

Reporters : Vous êtes de retour d’Italie, où vous avez participé au Book City Milano. Comment vous vous êtes retrouvé là-bas ?
Krimat Abderrahmane :
J’ai été invité à participer à l’un des panels de cet événement à l’occasion de la présentation du livre «L’Algérie au Maghreb : la guerre de libération et l’unité régionale» par son auteur, qui n’est autre que l’historienne italienne Caterina Roggero, qui connaît bien l’Algérie qu’elle a visitée à plusieurs reprises.

Caterina Roggero (D.R.)


D’ailleurs, elle était à Alger, l’année dernière, pour présenter à l’Institut italien un autre de ses livres, «L’histoire de l’Algérie indépendante, de la guerre d’indépendance à Bouteflika ».

Vous avez été invité à la présentation du livre de Caterina Roggero mais,également, pour présenter un de vos films…
Effectivement, j’ai été à Milan pour présenter l’un de mes documentaires, «Tajmaât, face aux changements», dont la première version est sortie en 2011 et finalisée en 2013.



Un Algérien à Milan, à la présentation d’un livre sur l’Algérie, et pour diffuser son documentaire sur l’Algérie…
Il faut y ajouter la présence d’une compatriote, Djamila Amzal (actrice principale du film de Azzedine Meddour « La Montagne de Baya », et devenue, depuis, réalisatrice, installée en Italie, ndlr) qui a projeté également son propre film dans l’une des deux thématiques du panel, dont le sujet était les droits des femmes en Algérie. J’étais, de mon côté dans celle dont l’intitulé est « Entre la tradition et la modernité en Algérie » et durant lequel j’ai présenté mon film qui, d’ailleurs, a été suivi d’un débat.

Qu’aborde exactement votre documentaire ?
Le film, en réalité, raconte l’histoire de Tajmaât, l’assemblée traditionnelle en Kabylie, face aux changements qu’il y a eu en Algérie depuis l’époque coloniale. Ça concerne principalement la mobilité sociale qui est, en quelque sorte, le registre sur lequel je travaille, notamment avec les nomades et la transition sociale, que j’ai abordée dans d’autres films.

Et comment a été perçue la réaction du public italien lors du débat ?
Il était vraiment intéressé par le sujet. Le débat était axé sur la cohabitation entre la tradition et la modernité. La question principale qui se pose, ici ou ailleurs, et surtout pour moi, est-on obligé de désobéir à la tradition ?
A titre d’exemple, dans le cas de Tajmaât, on avait un espace physique ancestral de réunion et une culture de débat et de communication, alors, comment oser effacer tout ça et passer par mimétisme à des modèles présentés comme « modernes » notamment via les associations culturelles ou autres !

Avec tout ce qui se passe en Algérie, ces derniers temps, vous avez sûrement été interpellé, à Milan, sur la situation du pays. Quel est finalement le regard des Italiens ?
J’ai eu le sentiment que la perception des Italiens a vraiment changé. Ce qui m’a apparu, au fil des discussions et des débats que j’ai eu avec ceux que j’ai rencontrés sur place, c’est qu’ils admirent l’image donnée par le peuple algérien, notamment depuis le 22 février. D’ailleurs, certains me répétaient que « les Algériens sont vraiment capables de réaliser des miracles ».