Reporters : Après plus de six mois de tensions dans la région, le Maroc affirme avoir reculé dans la zone tampon de Guerguerat. Quelle lecture en faites-vous ?
Khatri Addouh : Le Maroc ne s’est pas retiré comme l’ont fait croire ses médias. Ce ne sont que des manœuvres pour que son activité commerciale se poursuive. D’ailleurs, le conflit qui nous oppose doit être réglé en organisant un référendum d’autodétermination et définir ainsi le statut final du Sahara occidental et son droit légitime à l’autodétermination C’est une manœuvre qui a pour objectif de nous obliger à nous retirer, alors que le passage est toujours opérationnel ; ce qui lui permet d’assurer son existence et de poursuivre ses activités commerciales illégales. En procédant au goudronnage de la route en août dernier, le Maroc ne s’est pas contenté de contrôler des zones occupées, mais veut aussi avoir accès aux territoires libérés, avoir une porte vers la Mauritanie et le reste de l’Afrique, ce qui n’est pas acceptable. Si ce pays a de bonnes intentions, qu’il règle ce contentieux d’une manière définitive en acceptant d’aller vers l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Le Maroc ne s’est jamais conformé aux résolutions onusiennes, mais il les a bafouées depuis toujours et continue de le faire. Si c’était le cas, il aurait accepté d’organiser un referendum d’autodétermination et ne s’opposerait pas au retour de l’effectif complet de la Minurso après l’avoir expulsé en mars dernier. Il n’aurait pas non plus entravé son travail. Je tiens à rappeler que lorsque le Maroc a commencé le goudronnage à Guerguerat, nous avons alerté la Minurso, malheureusement, elle n’a pas agi. Raison pour laquelle on a été contraint de réagir et de déployer nos forces qui se sont imposées. Ainsi, le Makhzen s’est rendu compte de l’erreur qu’il a commise et qu’il était en dehors de la légitimité internationale. Je rappelle également qu’il continue illégalement à occuper nos territoires, réprimer notre peuple et piller nos ressources. Pour preuve, la route qui a récemment été construise est toujours là.
M. Boukhari a saisi Guterres sur la situation à Guerguerate…
M. Guterres, comme tous les secrétaires généraux et les différents mécanismes des Nations unies essayent de limiter les conflits. L’ONU, depuis 1991, au nom de la communauté internationale, a essayé de résoudre ce conflit, mais le seul obstacle est le Maroc et il continue à l’être. Maintenant, si on veut éviter l’escalade et la menace sur la paix et la stabilité dans la région, il faut régler définitivement ce conflit. Rien ne peut se faire sans l’exercice de pression sur le Maroc. On demande que le Conseil de sécurité des Nations unies impose le respect de ses propres résolutions pour que les Sahraouis puissent se prononcer sur leur statut. J’espère que M. Guterres va prendre en considération toute l’expérience de l’ONU avec le Maroc qui, depuis toujours, exerce des pressions et procède au chantage qui est devenu une pratique courante. D’ailleurs, il a essayé de politiser la décision juridique de la cour de justice de l’Union européenne. En tout cas, nous ne voulons pas perdre de façon totale notre confiance en l’ONU malgré la persistance de ce conflit, mais il faut que le nouveau secrétaire général prenne des initiatives pour imposer l’application des résolutions des Nations unies.
Les forces sahraouies vont-elles se retirer de Guerguerat ?
Le problème est très sérieux et très compliqué. Il ne s’agit pas de faire des déclarations et de manifester des intentions qui ne sont pas réelles. Nous avons manifesté depuis 1991 notre disponibilité à coopérer avec l’ONU. Que voulez-vous qu’on fasse de plus ? Même le Conseil de sécurité a été paralysé et les grandes puissances protègent le Maroc. Ce que je peux dire, c’est que la tension est constante. Si l’absence de volonté de coopérer persiste chez le Maroc et la France, qui entrave le processus de paix, nous allons assister encore et encore à l’impuissance de l’ONU et le risque de la confrontation reste permanent.
Quid de la visite de membres du Congrès américain ?
Elle a été très positive dans le sens où les membres du Congrès et les sénateurs ont manifesté leur disposition à militer aux côtés de la justice et de la défense de la paix sur la base de la légalité internationale. Ils se sont prononcés d’une façon très claire et vont transmettre toutes leurs remarques à l’Etat américain.