Reporters : Commençons par une question de communication : faut-il dire ou non la vérité aux personnes atteintes de cancer ?
Khaled Mouhoub : Je pense qu’il ne faut jamais cacher la vérité à un malade. Sauf s’il n’est pas en état de la supporter. Avant d’informer le malade qu’il est atteint d’un cancer, il est nécessaire de bien choisir les mots, l’endroit et la manière de lui transmettre le message. C’est très important. De plus, le cancéreux ne doit pas être seul lors de l’annonce de la nouvelle. Il faut qu’il soit accompagné d’un membre de la famille ou d’un proche. Le médecin doit préparer son discours au malade et ne pas annoncer la mauvaise nouvelle n’importe comment et n’importe où. La façon et l’endroit sont deux facteurs importants. De plus, je trouve que dire la vérité est une nécessité. Car, le malade va se soigner. Et, je pense que tout le monde sait que la radiothérapie ou la chimiothérapie sont des traitement pour les cancéreux. Aujourd’hui, ce n’est plus comme avant où les médecins cachaient la vérité aux malades. Pour eux, c’est aggraver davantage la santé du patient en lui provoquant un choc émotionnel. Le malade d’aujourd’hui n’est pas naïf. Il sait lire, se documenter… Du coup, la vérité n’est plus un tabou.

Vous suggérez implicitement un accompagnement des personnes atteintes de cancer. Comment peut-on accompagner les cancéreux et à quel point l’accompagnement psychologique peut aider le malade à dépasser l’épreuve ?
Apprendre le cancer d’un proche est bouleversant pour tout l’entourage. Un cancer est une épreuve difficile pour tout le monde. Pour la personne, bien sûr, mais aussi pour les proches. Ils ne savent pas toujours comment réagir. Eux aussi ont peur. Eux aussi peuvent éprouver de la tristesse, de la colère, de la révolte… Ce ne sont pas des situations faciles à vivre. Chacun réagit à sa façon et souvent maladroitement. Beaucoup de gens ont du mal à trouver les mots justes. Ils ne savent pas comment parler de leur cancer, ni même s’ils peuvent en parler. Tout l’enjeu consiste alors à comprendre… et à être compris. Comment réagir et agir face au cancer de celui ou celle qui nous est si proche ? Comment soutenir avec amour et justesse l’un des siens ? Comment réagir à l’annonce du cancer ? Annoncer son cancer est une épreuve pour la personne malade. Elle doit non seulement faire face aux réactions de son entourage mais également prendre elle-même, à travers cette annonce, pleinement conscience du diagnostic. Ainsi, en tant que proche, quelques comportements simples peuvent participer à rendre cet instant moins difficile. D’abord, mesurer les réactions à l’annonce de la maladie. Un comportement affolé engendrerait toujours plus d’inquiétude pour la malade. A l’inverse, rassurer avec trop d’entrain pourrait donner l’impression de minimiser ce qu’il vit et s’apprête à affronter. S’il n’y a pas de « bon comportement », parvenir à réagir de façon modérée reste donc le plus sage. Enfin, vous pourrez lui rappeler qu’il n’est pas seul et que vous serez là, à ses côtés, pour vivre toutes les étapes de la maladie. On est tellement plus forts lorsque l’on est soudé. Tout au long de la maladie, l’accompagnement de son entourage est donc plus que précieux.
Pour aider votre proche, vous pouvez par exemple proposer, selon vos disponibilités, de l’accompagner à certains rendez-vous médicaux. Cette présence physique contribuera à réduire son anxiété, particulièrement lors des premiers rendez-vous. Elle peut aussi vous permettre de vous faire le relais et l’interprète des différentes informations fournies par les médecins ainsi que de poser des questions au personnel soignant, alors qu’il est souvent difficile pour la personne malade de garder l’énergie suffisante pour cela. En l’interrogeant sur ses attentes, vous éviterez ainsi, en voulant bien faire, d’adopter un comportement qui pourrait être maladroit. Permettez-lui de s’échapper du quotidien des traitements. Enfin, il est du rôle de l’entourage d’encourager la personne atteinte de cancer à poursuivre des activités professionnelles, personnelles, à planifier des projets, à assouvir des envies, bref, à continuer de vivre pleinement, malgré la maladie ! Pour ce qui est de la prise en charge psychologique, à l’annonce de ce diagnostic médical, il y a le traitement thérapeutique qui s’impose.

Que peut apporter la prise en charge psychologique à une personne atteinte de cancer ?
Le malade a besoin de surmonter tous ses sentiments provoqués par le choc émotionnel. Et qui font qu’aggraver l’état du malade. Aujourd’hui, nous avons des psycho-oncologues qui peuvent accompagner les patients. Parmi les personnes atteintes de cancer,la gente féminine est certainement la plus touchée. La plupart des femmes, chez nous, comme un peu partout dans le monde, se retrouvent divorcées, abandonnées, mises à l’écart par leurs maris, le milieu professionnel…

Le cancer, en général, ou le cancer du sein, en particulier, touche la femme dans sa féminité. Lorsque cette dernière est en jeu, les femmes atteintes de cancer ne supportent plus leur corps. Quel remède à cela ?
Effectivement. Plusieurs cas ont été enregistrés dans ce sens. Les femmes qui ont été abandonnées par leur mari subissent, malheureusement, un double traumatisme. Celui de la lourdeur de la maladie et celui de l’abandon de leur conjoint qui aggrave la situation de la femme atteinte du cancer. En d’autres termes, cela va détruire la personne davantage. Comme nous savons que le stress accélère la maladie, mais, là, je souligne qu’il y a plusieurs femmes qui ont réussi à reconstruire leur vie sans leur conjoint.