Dans cet entretien, le premier responsable de l’Agence nationale des déchets (AND) aborde sa contribution à la lutte contre la pandémie Covid-19 à travers son appui au traitement sécurisé et adéquat des déchets infectieux dans les hôpitaux, en forte augmentation depuis les premiers cas de la Covid-19 en mars dernier, ses dons d’équipement de protection pour le corps médical et les agents de nettoiement, ainsi que ses actions de sensibilisation. Il évoque également le soutien technique de l’AND aux collectivités locales et aux entreprises spécialisées dans la collecte, le tri et le recyclage des déchets notamment ménagers.

Reporters : Quelle est la contribution de l’AND à la lutte contre la pandémie à travers notamment son appui au traitement des déchets hospitaliers ?
Karim Ouamane : L’AND agit dans le cadre du programme du ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables. C’est à ce titre que nous nous sommes assignés à un certain nombre d’actions d’ordre matériel et immatériel. Pour soutenir et venir en appui aux différentes parties prenantes activant dans la lutte contre le Coronavirus, nous avons livré à un certain nombre de wilayas des équipements de protection pour le corps médical et les agents de nettoiement. Beaucoup d’opérations de désinfection des structures sanitaires ont été menées également. Conscients de la complexité du contexte caractérisé notamment par l’émergence de nouveaux flux de déchets, dont les déchets ménagers, nous avons doublé les efforts de communication et de sensibilisation pour justement attirer l’attention des parties prenantes quant à la nécessité d’adapter nos gestes au quotidien. En raison de la crise Covid-19, les établissements de santé sont confrontés à une augmentation de 20 à 30% des quantités de déchets infectieux, à savoir les bavettes, les gants, les tenues de protection individuelle à usage unique… Ces derniers doivent être traités soit par incinération, à une température de 850 °C, ou le prétraitement par désinfection à une température supérieure ou égale à 100°C. En parallèle, les hôpitaux doivent assurer une gestion sécurisée de ces déchets en respectant les règles de tri, d’emballage et également les conditions de stockage et de transport tout en se référant à la réglementation en vigueur et aux règles de l’OMS. Pour accompagner tout ce processus, l’AND vient de diffuser un guide sur la gestion des déchets de soins. Ce guide a été élaboré en coordination avec la Direction de la prévention du ministère de la Santé. Ce guide est disponible en téléchargement sur le site de l’Agence www.and.dz



Quelle est l’importance des efforts de l’AND en termes de communication et de sensibilisation en matière de lutte contre la propagation de la Covid-19 ?
La communication et la sensibilisation constituent une mission statutaire majeure de l’AND. D’ailleurs, c’est l’un des principes de la loi cadre 01-19 sur la gestion, le contrôle et l’élimination des déchets. C’est une activité permanente et bien soutenue au niveau de l’Agence. Pour répondre à ce contexte de pandémie, les services compétents de l’AND ont déployé tout un programme d’urgence basé notamment sur la communication et la sensibilisation autour des aspects préventifs. Des recommandations ont été communiquées au grand public et vers des cibles spécifiques. Ces recommandations portent sur les gestes à faire face au déchet (NDLR, infecté par le virus) pour se prémunir et pour éviter que cela soit propagé vers d’autres.

Quelles sont de manière succincte les missions de l’AND?
L’AND doit son existence à la loi cadre 01-19 sur la gestion, le contrôle et l’élimination des déchets. C’est une agence exécutive du ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables. L’AND appuie les collectivités locales en matière de gestion des déchets, traite et gère les données sur les déchets et exécute des programmes de communication et de sensibilisation. Notre rôle consiste aussi en la diffusion d’informations scientifiques et techniques et nous disposons d’une veille technologique. L’environnement de la gestion des déchets est en pleine mutation, c’est à ce titre que les missions de l’AND seront élargies.

Pouvez-vous situer l’importance de la contribution de l’AND à l’émergence de micro-entreprises dans le secteur du traitement des déchets ?
Tout d’abord oeuvrer dans le domaine des déchets relèverait d’un choix stratégique à faire par l’entrepreneur lui-même. Notre rôle est justement d’inciter ces entreprises à intégrer le processus. C’est à ce titre que nous les assistons par des données et des indicateurs sur la gestion des déchets à travers tout le territoire national. Nous avons aussi mis en ligne un guide sur les procédures de création d’entreprise pour les jeunes porteurs de projets. Nous faisons aussi beaucoup de communication sur les métiers liés à la gestion des déchets à travers des salons thématiques et des journées d’étude.

Comment analysez-vous le marché des déchets, ses perspectives ainsi que le rôle de la Bourse des déchets dans le développement de ce marché ?
La gestion des déchets est très complexe. Les différents intervenants sont appelés à travailler en symbiose et en complémentarité. Les aspects de régulation et les mécanismes de financement sont nécessaires pour une activité pérenne. Il faudrait nuancer entre les activités de service public, liées à la collecte et au transport, et au traitement qui relèverait forcément d’une mission de service public dans le cadre des déchets ménagers et les activités de récupération et de valorisation qui sont forcément à caractère marchand. Pour résumer, la gestion des déchets est très coûteuse pour la collectivité et rentable pour les opérateurs qui y activent. La Bourse des déchets est une initiative de l’AND. Nous l’avons voulue à titre démonstratif. C’est un appel lancé aux jeunes Algériens de développer à travers les TIC des activités marchandes dans le domaine de la gestion des déchets.

Comment expliquez-vous que le tri et le recyclage des déchets ne soient pas très développés dans le pays ?
Les activités de tri et de recyclage sont bien présentes en Algérie. Elles ne sont pas visibles car elles sont principalement informelles. Bien que le tri ne se fasse pas à la source, l’intérêt économique a poussé beaucoup de personnes à investir dans ce domaine. Les indicateurs identifiés par l’AND sont très parlants. Je vous annonce en avant-première que le taux de recyclage des déchets non dangereux a atteint 9% (2019). Une évolution de 40% depuis 2014. Auquel il faudrait rajouter les activités informelles. Ceci me pousse à rappeler la nécessité de développer des mécanismes de contrôle et de régulation.

Où en est la production de biogaz à partir du traitement des déchets dans les Centres d’enfouissement technique (CET) ?
Le fait de confiner des déchets à fort potentiel organique sous des conditions anaérobies en résulte forcément du biogaz. C’est l’un des sous-produits de l’enfouissement technique. Sa gestion rentre dans la gestion globale d’un CET. Il faudrait donc le capter et le traiter. C’est un ensemble de gaz très nocifs pour la santé humaine et l’environnement. Sa composante fait aussi de lui un gaz à effet de serre. Son traitement pourrait se faire soit par torchage soit par valorisation énergétique (fuel, électricité et chaleur). Nous incitons les gestionnaires de CET à s’y investir, mais cette question fait face à des contraintes techniques et financières d’autant plus que la production de l’énergie à partir de ce gaz est onéreuse comparativement au prix de l’énergie sur le marché algérien. C’est une question d’actualité d’autant plus que notre pays a des engagements à l’international en la matière (ndlr, objectif de réduction des gaz à effet de serre ou des émissions de CO2).<