Le sujet de la finance islamique continue à défrayer la chronique économique. Intervenant hier au forum d’Echaâb, Kamel Rezzig, enseignant à l’université de Blida, dira que si la Banque d’Algérie a consacré le principe de la double comptabilité pour les finances islamique et conventionnelle avec précision chacune d’entre elles a ses spécificités

, un chemin reste à parcourir. Plus précis, il souligne, à titre d’exemple, une incohérence liée à la formation bancaire des commissaires aux comptes qui ne leur «permet pas de certifier des produits de finance islamique», ajoutant que c’est à la Cour des comptes de voir comment procéder afin de résoudre cette incompatibilité. Outre une formation spécifique à dispenser aux commissaires aux comptes, l’universitaire estime que l’émission de «sukuk» pour les entreprises pose problème, d’où la nécessité d’amender le code du commerce. Enchaînant, le Dr Rezzig, après avoir passé au peigne fin les étapes franchies, même loin d’un cadre réglementaire adéquat, par la finance islamique, dira que cette dernière a vu son envol réussi en novembre dernier. C’était à l’issue de l’adoption, par le Conseil de la monnaie et du crédit, du règlement relatif aux conditions d’exercice des opérations bancaires relevant de la finance participative portant sur les produits financiers conformes à la charia. Ces produits sont la mourabaha, moucharaka, moudaraba, ijara, istisna’a, salam, ainsi que les dépôts en comptes d’investissement. Ce règlement précise davantage les exigences requises en matière organisationnelle, procédurale et comptable, ainsi qu’en matière de formation et de qualification du personnel. Les banques et établissements financiers doivent ainsi disposer de personnels qualifiés et exclusivement dédiés à ce segment de la finance. Le lancement de cette catégorie de produits sur le marché par les banques et établissements financiers «doit avoir obtenu, au préalable, l’avis de non-objection de la Banque d’Algérie». Rappelons également que le règlement 18/02 précise que la mise en place de guichets dédiés à la finance participative devrait s’articuler autour de trois principes fondamentaux : la graduation dans l’application, la consultation dans l’élaboration et l’inclusion de l’ensemble des acteurs économiques et sociaux.

De son côté, Nasser Hideur, premier responsable d’Al Salam Bank, évoque la complémentarité des deux modèles de finance, islamique et conventionnelle, au service de l’économie nationale. Sur la différence entre un produit charia compatible et celui conventionnel, l’universitaire précise qu’elle «ne se situe pas au niveau du principe de la rémunération des prestations, mais dans la nature juridique et contractuelle de ces dernières». Et d’ajouter : «La rémunération de l’intervention de la banque islamique est le corollaire de son intervention dans la transaction commerciale en tant qu’acteur économique à part entière, participant aux risques commerciaux et financiers inhérents. En matière de collecte des ressources, l’autre volet tout aussi important de l’intermédiation financière, c’est le même principe qui préside : les déposants ont le choix entre la garantie de leurs avoirs en compte, en contrepartie du renoncement à percevoir des profits, ou la participation avec la banque aux risques d’investissement moyennant un partage convenu des bénéfices ou, éventuellement, des pertes en découlant.»
Intervenant lors de ce forum, Zohir Meziane, président du Centre des études et de veille des TIC, a annoncé la tenue, les 7 et 8 janvier au Centre international des conférences, d’un séminaire sur la finance islamique. Cinq pays, et pas moins de 300 participants ainsi qu’une vingtaine d’intervenants, sont attendus pour évoquer, entre autres, l’inclusion financière, le marketing et la communication, la digitalisation.<