L’Algérie n’est pas à l’abri de ce qui se passe dans d’autres pays qui se battent contre une troisième vague de la pandémie de Covid-19. La confiance qu’ont eue les citoyens en voyant
que les chiffres s’étaient maintenus à la baisse pendant un certain temps a fini par produire l’effet inverse, à savoir un relâchement dans le respect des gestes barrières, ce qui a eu pour conséquence de voir la tendance s’inverser et les contaminations repartir à la hausse.

PAR INES DALI
Faisant le constat de cette situation, le professeur Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie (SAI), interpelle les hautes autorités à «prendre conscience du risque à encourir» et préconise d’agir sur «trois aspects desquels dépend fortement la situation épidémiologique», surtout que la propagation des variants britannique et nigérian vient encore compliquer la donne. Ce qui nécessite d’agir sans perdre de temps. «La situation dépend de trois aspects très importants dont il faut s’occuper de suite, à savoir l’acquisition de grandes quantités de vaccins, le respect strict des citoyens des mesures préventives et la fermeté des autorités par rapport à ces mesures», a déclaré le Pr Djenouhat. S’exprimant hier sur les ondes de la Radio nationale, il a longuement expliqué les caractéristiques des variants et mis en garde contre leur virulence qui s’avère bien plus élevée que la souche initiale de Covid-19. «La particularité de ces variants, malheureusement, c’est que lorsqu’ils entrent dans une famille, c’est tous les membres qui seront atteints», a averti le professeur. «Si on ne prend pas les mesures préventives nécessaires le plus tôt possible, on risque d’aller vers un nombre bien plus élevé de cas de contaminations. Et là, je parle de beaucoup plus de cas graves et, malheureusement et je ne le souhaite pas, il y aura beaucoup de décès conséquemment», a-t-il encore alerté, affirmant qu’on peut avoir une troisième vague moyenne, faible ou très intense et que ce sont les données épidémiologiques qui peuvent le prédire. «Actuellement, on peut dire que la situation est totalement inversée : on voit très bien que l’ancienne souche de Covid-19 s’est probablement affaiblie et n’arrive plus à se propager. Elle a laissé la place à ces nouveaux variants qui sont malheureusement beaucoup plus transmissibles et beaucoup plus dangereux», selon le professeur en immunologie.

Les variants plus meurtriers que la souche initiale
Le variant britannique est beaucoup plus contagieux et transmissible, comme démontré par les dernières études indiquant qu’il cause 30% de mortalité que le variant préexistant, le variant sud-africain est tout aussi dangereux, mais le plus inquiétant est le variant nigérian, a indiqué le Pr Djenouhat, ajoutant qu’il n’y a pas beaucoup d’études à propos de ce dernier. «Le variant nigérian est le plus inquiétant car il y a trop peu d’études du fait qu’il n’existe que sous forme sporadique à travers plusieurs pays, dont l’Algérie. Mais ce qui ressort dans un récent rapport britannique le concernant, c’est qu’il est deux fois plus mortel par rapport au variant sud-africain avec un taux de mortalité de 4,3%, il y a quoi s’inquiéter par rapport à la gravité et le nombre de décès qui peuvent être causés», selon ses explications.
Il estime que la situation est «inquiétante», mais néanmoins «maitrisable» au stade actuel si les mesures nécessaires sont prises à temps, dont la vaccination. Il fera remarquer, à ce propos, que le pays accuse un «retard dans l’acquisition de quantités suffisantes» de doses de vaccins, et donc dans le processus de «vaccination de masse permettant d’atteindre l’immunité collective espérée». La période de relative accalmie qu’a connue le pays aurait pu être mise à profit pour vacciner le maximum de personnes mais la non-disponibilité de l’antidote en a décidé autrement, a-t-il déplorée.
En attendant qu’il y ait une importation d’anticoronavirus en quantités importantes, le Pr Djenouhat propose une solution. Selon lui, afin de garantir un maximum d’immunité avec le peu d’antidotes que nous avons, il est nécessaire de revoir la stratégie de vaccination. «Puisqu’on a un problème d’acquisition de vaccin, on doit revoir la stratégie de la vaccination. On pourrait envisager d’épargner ceux qui ont déjà contracté le virus étant donné qu’ils ont déjà une sorte d’immunité, et aller vers la vaccination des personnes âgées qui sont le plus vulnérable», a-t-il préconisé.

Commencer à augmenter le nombre de lits
Par ailleurs, le Pr Djenouhat, qui est également chef de service du laboratoire des analyses biologiques à l’EPH de Rouiba, a donné un aperçu sur les lits occupés par les malades Covid au niveau des hôpitaux. Selon lui, pour le moment, «on est à l’aise concernant les lits pour le traitement des cas Covid, on ne peut pas parler de saturation». Il y a cependant «une crainte pour ce qui est des cas graves en réanimation. Là, il y a risque de saturer les lits sous peu», a-t-il fait savoir.
S’agissant de la mobilisation du personnel médical, il a affirmé : «On n’a pas le choix et on doit remobiliser les staffs médicaux pour faire face à cette situation qui commence à être inquiétante» car «si on ne prend pas les mesures préventives le plus tôt possible, ça risque d’aller vers un nombre très élevé de cas graves et de décès», a-t-il averti, avant de souligner que la tutelle devrait instruire les structures hospitalières à l’effet d’augmenter le nombre de lits, notamment dans les services de réanimation.
De son avis, on aurait pu éviter cette peur d’une troisième vague aujourd’hui si on avait importé de grandes quantités pour assurer une vaccination massive lors de la relative accalmie durant la période janvier-février. «En voilà le résultat de ce retard», a-t-il fait remarquer, appelant à accélérer le processus d’acquisition des anticoronavirus. Mais comme tous les spécialistes qui se relayent tous les jours sur différents supports médiatiques pour parler de la situation épidémique actuelle et donner des explications aux citoyens du mieux qu’ils peuvent, le point commun sur lequel il ne peut y a voir aucune divergence et que le Pr Djenouhat a évoqué plus d’une fois, c’est l’observation des gestes barrières qui restent le seul et le plus efficace moyen de se protéger. C’est pourquoi il appelle les autorités à plus de fermeté et d’intransigeance, notamment par rapport au port du masque et à la distanciation physique, sans quoi «on frôle la catastrophe».