L’Algérie a annoncé que la vaccination contre la Covid-19 débutera au mois de janvier prochain et sera gratuite et non obligatoire. Afin de contourner cette non-obligation pour garantir une sécurité sanitaire, Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie et chef du laboratoire central de l’hôpital de Rouiba, préconise l’instauration d’une carte ou d’un passeport vaccinal, un document que les citoyens devraient impérativement présenter pour pouvoir accéder à certains espaces publics ou voyager par avion. Il explique que cette démarche incitera les Algériens à aller se faire vacciner,
Mettant en relief l’évolution de la pandémie de la Covid en Algérie, il avertit que le pays est toujours sous la menace d’une troisième vague, comme cela s’est déroulé dans d’autres pays d’Europe ou aux Etats-Unis. Par conséquent, «la vaccination reste incontournable» pour permettre un pourcentage de 70% d’immunité collective des citoyens.
Il rappelle que les experts en immunologie et épidémiologie s’attendaient à ce que la pandémie disparaisse durant ou après l’été, mais le constat est qu’elle est toujours présente et avec plus de virulence. Toutefois, l’immunologue exprime sa satisfaction qu’après les première et seconde vagues, en Algérie, la situation s’est stabilisée actuellement et «le nombre de lits occupés dans les hôpitaux avoisine les 30%».
Par ailleurs, afin de contrer les discours des lobbies de la propagande anti-vaccination, le président de la Société algérienne d’immunologie souligne que les autorités doivent miser sur la communication qui doit être claire et transparente envers les citoyens.
Il s’agit d’avoir un discours scientifique et parler des effets secondaires en expliquant que ces effets ne sont pas spécifiques à la Covid, mais que tous les vaccins ont des effets secondaires parfois imprévisibles. Mais le fait est que les avantages de se faire vacciner dépassent de loin les effets secondaires qui restent minimes.
Intervenant, hier, à l’émission «l’Invité de la Rédaction» de la Chaîne III de la Radio algérienne, l’immunologue Kamel Djenouhat explique l’éventualité d’une troisième vague de la Covid-19 qui pourrait se manifester à «n’importe quel moment», d’où la nécessité de ne pas relâcher les mesures préventives. Il lance ainsi un appel aux autorités à «rester fermes» et aux citoyens d’être vigilants surtout en respectant «le port du masque et la distanciation physique».
A la question du vaccin que choisira l’Algérie, il estime que ce choix dépend de plusieurs critères énoncés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont les plus importants sont «leur efficacité maximum et leur faculté à ne pas provoquer d’effets secondaires sévères». Il précise toutefois que le handicap majeur est représenté par l’extrême difficulté pour les pays dotés de peu de moyens d’acquérir des équipements pour conserver ces vaccins à de très basses températures soit entre -70° et -80°.
A propos de ce dernier point, le président de la Société algérienne d’immunologie et chef du laboratoire central de l’hôpital de Rouiba considère que c’est logique que l’Algérie opte pour des vaccins pouvant se conserver à des températures plus élevées, produits, notamment, par la Russie, la Chine et le Royaume-Uni.
Il ajoute que même si les autorités algériennes ont déclaré que le vaccin sera acquis quel que soit son prix, il estime que le prix du vaccin devrait aussi peser dans la balance, car pour le même taux d’efficacité, ce prix peut passer de 4 à 14 dollars.
Interrogé si les mutations observées récemment sur le coronavirus étaient à même de remettre en cause la fiabilité des vaccins déjà mis au point, l’immunologue relève que les experts travaillant sur cette question devraient fournir une réponse «d’ici quelques jours».
Sur un autre registre, Kamel Djenouhat se désole que l’Institut Pasteur, qui est la seule institution habilitée à donner son aval, par rapport, au vaccin, n’a pas les moyens ni les capacités nécessaires pour vérifier l’efficacité du vaccin. L’Algérie sera ainsi contrainte de suivre l’homologation du vaccin par les grandes agences de médicaments au niveau international.
Il estime également que cette pandémie aura mis en relief les points faibles des infrastructures algériennes de santé. Il s’agit, selon le chef du laboratoire central de l’hôpital de Rouiba, de revoir en premier lieu le nombre de lits dans les unités de réanimation avec la nécessité d’augmenter la capacité d’accueil de ces unités. En deuxième lieu, de revoir la gestion des hôpitaux et plus précisément le rôle des gestionnaires des infrastructures hospitalières dans l’acquisition d’appareils, à l’instar des équipements nécessaires pour les tests PCR ou de congélation, estimant «inadmissible» que des structures hospitalières ne disposent pas d’équipement de congélation de -80°.