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Le professeur Kamel Bouzid, chef de service d’oncologie au Centre Pierre-et-Marie-Curie (CPMC) de l’hôpital Mustapha-Pacha et président de la Société algérienne d’oncologie médicale, a évalué le plan national anticancer 2015-2019 de « positif », bien qu’il reste beaucoup à accomplir. Pour ce qui est de la question du matériel en panne dans les établissements de santé publique, le Professeur estime qu’elle concerne la tutelle et non pas le corps médical.

Reporters : En matière de lutte contre le cancer, l’Algérie a lancé un programme ambitieux appelé « plan national anticancer 2015-2019 ». Cinq années après le lancement de ce programme, quel bilan peut-on en tirer ?
Kamel Bouzid : En ce qui concerne «le plan cancer 2015-2019», le bilan est globalement positif. On peut estimer que 1/3 des objectifs a été atteint, que 1/3 est en cours de réalisation et que 1/3 reste à entamer. Ce sera la feuille de route du 2e plan cancer 2020-2024.

Vous êtes également de ceux qui s’interrogent pourquoi certains équipements, chèrement payés par le contribuable et par l’Etat, ne fonctionnent pas dans certains hôpitaux et centres anticancer, alors que le besoin de ce matériel n’est même pas à démontrer ? Pourquoi cette aberration alors que le pays dispose théoriquement d’instruments de gestion et de régulation ?
La question des équipements non fonctionnels doit être posée aux différents DSP ainsi qu’à la tutelle. Les professionnels de santé dans le secteur public ne sont concernés en rien avec les procédures actuelles et leur avis est de toute façon ignoré.

On estime onéreux le coût des soins en oncologie. Comment y remédier et y a-t-il moyen pour que la production nationale en médicaments contribue à la baisse de ce coût ?
Qui estime que les soins en oncologie sont chers? Certainement les patients et leurs parents ! La production nationale des médicaments anticancéreux serait certainement une solution à ces problèmes de coût.

Est-ce que ce bilan correspond aux ambitions affichées en 2015 ou sommes-nous loin des résultats escomptés ?
Le réseau national des registres du cancer permet d’avoir un recensement exhaustif des cancers depuis 2015. C’est l’un des résultats positifs du premier plan cancer Algérie.

L’Algérie forme-t-elle aujourd’hui suffisamment de spécialistes en oncologie ou faut-il faire de nouveaux efforts pour avoir davantage de médecins spécialistes dans la lutte contre le cancer ? Cela est-il possible quand la tendance au sein de la profession, notamment chez les jeunes, est à la recherche de nouveaux espaces de travail, notamment à l’étranger ?
Oui la formation des médecins spécialistes est suffisante. Elle l’est tellement qu’on les exporte à l‘insu de notre plein gré.

A-t-on un recensement exhaustif du nombre de malades du cancer en Algérie ? Quelles sont les formes de cancer les plus courantes chez nous ? Et pourquoi ?
Les localisations les plus fréquentes sont premièrement chez l’enfant avec des cancers hématologiques et des tumeurs cérébrales.
Deuxièmement, chez la femme, c’est le cancer du sein suivi des cancers colorectaux. Et dernièrement, chez l’homme, le cancer colorectal suivi par le cancer du poumon puis le cancer de la prostate.

Certains malades ont recours à ce qui est appelée « médecine parallèle» ou « médecine traditionnelle». Symptôme de crise de notre système de santé ou recours à des méthodes thérapeutiques dites alternatives ?
Le recours à la médecine dite parallèle ou alternative n’est pas spécifique à notre pays. Il est universellement partagé. C’est un symptôme du désarroi des patients et de leurs parents face aux charlatans qui exploitent leur détresse.
Il convient d’insister sur les risques pouvant être mortels des interactions entre ces traitements et les traitements médicaux.