Publié par les éditions Enag, le nouvel ouvrage de Kamel Bouchama, intitulé « l’Emir Abdelkader et les siens. L’ultime étape au Levant », a été présenté, mardi dernier, à la librairie Media Book lors de la rencontre hebdomadaire «Agora du Livre» animée par Abdelhakim Meziani.

L’ouvrage retrace à travers une étude largement basée sur des sources et témoignages historiques, les longues années et conditions d’exil de l’émir Abdelkader en France et en Syrie. Mais surtout, la dimension « internationale » qu’il acquerra après son action en faveur des chrétiens d’Orient. L’un des points forts qui distingue ainsi ce nouvel ouvrage, reste en ce sens la position de son auteur, lorsqu’il était ambassadeur d’Algérie à Damas, et qui a pu de ce fait avoir accès à des documents inédits, ainsi qu’à des témoignages de descendants de l’émir lui-même et des membres de son entourage. Le résultat de ces recherches «donne aux lecteurs une vision plus large et une image plus claire de l’Emir ; une personnalité encore trop peu connue », dira Kamel Bouchama. En ce sens, résumant sa démarche et la motivation derrière la rédaction de son texte -imposant- de près de 350 pages, l’auteur déclarera à la fin de sa présentation que  « l’Emir est l’une des grandes personnalités de l’Histoire du monde. Il a malheureusement été « rapetissé dans son propre pays ». Quant au contenu du livre en lui-même, partagé en sept chapitres, il traite d’aspects liés au présent en posant notamment la question de l’enseignement du parcours de l’émir ; «L’émir Abdelkader et les siens » apparaît néanmoins comme une sorte de biographie, où l’auteur distingue deux étapes principales de la vie de l’émir Abdelkader. Il explique à ce sujet que « la première étape, jusqu’au 23 décembre 1845, sera bien sûr la lutte de l’émir en Algérie, durant laquelle, il connaîtra de nombreuses trahisons. Mais ce qui m’a intéressé est davantage la seconde partie de sa vie au Levant, une partie qui est encore moins bien connue».

La dimension universelle de l’émir Abdelkader  
Abordant en ce sens l’exil de l’émir en Syrie, où « il trouve à Damas une situation de tension entre les cultes et où un conflit entre Druzes et Chrétiens menace la vie de 12 000 chrétiens, il s’interpose et use de son influence pour les défendre. Il dira que c’est sa religion qui lui imposait cela». Cet événement sera l’un des fondements du caractère « universel » de la pensée et de la personnalité de l’émir, « tous les pays du monde l’ont félicité et attribué des décorations honorifiques (…) même Napoléon voyait en lui un grand homme, un homme de lettre ». Ouvrages, proposant également de nombreuses digressions, l’une d’elles, peut-être peu connue, est donnée en exemple par l’auteur, la présence d’une importante communauté algérienne au Moyen-Orient et qui sera un appui de taille à l’Emir « lorsqu’il s’installe à Damas, il trouve les descendants d’Algériens, dont la présence remonte au XIIe siècle après avoir répondu à l’appel de Saladin ». Une communauté originaire de la Soummam, explique Kamel Bouchama, et qui a « conservé la véritable langue amazigh ». La rencontre avec le public, qui fut par ailleurs l’occasion de s’attarder sur la perception que les Algériens ont, aujourd’hui, de la personnalité de l’émir Abdelkader. Kamel Bouchama dénoncera l’existence d’une vision fausse sur la nature du traité signé avec les autorités françaises.
«Quand je dis que l’émir Abdelkader n’est pas connu  du grand public, c’est aussi les cas au niveau des écoles où l’on enseigne qu’il a signé sa supposée « reddition ».
Il faut à mon sens bannir ce mot de son parcours, il ne s’est pas rendu, ce qu’il a fait est d’arrêter la guerre (…)  Il ne voulait pas que le peuple algérien soit massacré comme les Indiens d’Amérique ». Et c’est dans ce sillage que la question récurrente de l’appartenance ou non de l’émir à la Franc-maçonnerie a été soulevée. L’écrivain, en replaçant la question dans le contexte de l’époque, explique que « l’émir voulait utiliser leurs influences pour la décolonisation de l’Algérie et eux voyaient en lui un pont pour s’implanter au Moyen-Orient». Il rappelle, à ce sujet, que les échanges de correspondances avaient débuté après «qu’il ait stoppé les massacres de Chrétiens à Damas. Les Francs-Maçons du monde y ont vu un acte maçonnique et lui ont envoyé leurs félicitations. Pour sa part, l’Emir les considérait comme une confrérie religieuse et il a cherché à les comprendre ». 
L’animateur et organisateur de la rencontre Abdelhakim Meziani ajoute, à propos de son invité, connu pour sa carrière politique, mais aussi pour ses nombreux ouvrages, où il aborde l’Histoire et le paysage politique algérien, que Kamel Bouchama «est un auteur dont les différents textes et ouvrages dédiés à des personnalités historiques ont pu déranger. Il révèle à chaque fois une Histoire dont l’écriture est ankylosée. Alors que l’écriture de l’Histoire devrait être le socle de la société ».