Par Nadir Kadi
Alors que la justice a requis contre lui une peine de 10 ans de prison ferme, la défense de l’ancien ministre de la Justice Tayeb Louh s’est employée, hier, à rejeter l’ensemble des accusations «d’entrave» à la justice, les qualifiant de «règlement de comptes, rien de plus», d’autant que les charges retenues «ne sont pas de nature pénale».
L’ancien haut responsable, poursuivi aux côté de l’ex-conseiller de la présidence Saïd Bouteflika, et de plusieurs autres co-accusés, dont des hommes d’affaires et des magistrats, est pour rappel accusé d’être intervenu ou d’avoir exercé des pressions dans plusieurs «dossiers en cours», dont le mandat d’arrêt contre Chakib Khelil, les dossiers Ali Haddad ou encore d’une candidate aux élections législatives de 2017. La justice, après l’arrestation de T. Louh, en 2019, et plus de 2 ans d’enquête et d’instruction, retient contre l’ancien ministre les charges «d’entrave au bon déroulement de la Justice», «abus de pouvoir», «faux en écriture officielle» et «incitation à la partialité».
Procès ouvert dimanche dernier au niveau du tribunal de Dar El Beïda, la défense du principal accusé a «répondu», dès lundi, au lourd réquisitoire du procureur de la République, réfutant le bien-fondé des charges retenues contre T. Louh. Ainsi, les avocats précisent «qu’à ce jour, aucun document officiel n’a été présenté» qui prouverait les «pressions sur quiconque au sein du dispositif judiciaire afin de falsifier un document officiel». Tayeb Louh, lors d’une prise de parole, hier, déclare pour sa part que le réquisitoire contre lui était une «injustice», expliquant plus loin qu’il était «serein» quant à son innocence. En ce sens, concernant l’annulation du mandat d’arrêt contre Chakib Khelil, l’accusé a contre-attaqué en expliquant qu’il n’avait jamais donné «d’instruction». Ces dernières auraient au contraire pour origine l’ancien ministre de la justice Belkacem Zeghmati qui aurait «voulu corriger une erreur».
Et dans cette même logique, plusieurs interventions sont allées hier dans le sens de Tayeb Louh. Ainsi dans l’affaire de la «falsification» d’un procès-verbal, avec effet rétroactif, dans le but d’admettre une candidate lors des législatives de mai 2017, les avocats de la «candidate» Mme Benkhalifa Meriem, ont estimé que «l’affaire était politique», en lien avec des guerres de partis, leur cliente ayant été accusée «sur la base de liste d’appels téléphoniques, mais sans que ces derniers soient authentifiés».
Affaire qui cite également plusieurs ex-cadres du ministère de la Justice, plusieurs juges et avocats, notamment l’ancien Secrétaire général du ministère, Laâdjine Zouaoui, l’ancien Inspecteur général du même secteur, Tayeb Belhachemi, ou encore l’ex-président de la Cour de justice d’Alger, Mokhtar Belahrach. La défense de ce dernier a plaidé hier l’innocence de son client en mettant en avant un «parcours exemplaire» de «41 ans au service de la justice». L’avocat de Mokhtar Belahrach, à qui il est reproché la «falsification de documents officiels et de jugements» à la demande de l’ex-ministre, a notamment invoqué l’absence de mobile contre son client en déclarant que l’accusation n’a pas mis en avant la contrepartie : «sur quelle base juridique est accusé Mokhtar Belahrach ? (…) Est-ce que mon client a reçu des avantages ou en a tiré profit ? La réponse est non.»
Egalement sur le banc des accusés, Saïd Bouteflika, contre qui le procureur de la République a requis une peine de 7 ans de prison, a plaidé hier l’innocence et demandé la relaxe. Son avocat soulignait hier que Saïd Bouteflika n’était pas à l’origine de l’annulation du mandat d’arrêt contre Chakib Khelil et des membres de sa famille, «l’ordre» aurait au contraire «été donné» directement par l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Même chose en ce qui concerne l’implication de l’ex-conseiller dans les pressions au profit d’Ali Haddad, l’avocat réfutant l’accusation sans pour autant nier l’existence de SMS échangés entre T. Louh, Saïd Bouteflika et Ali Haddad. Ces messages, à l’origine de toute l’enquête seraient toutefois restés «non lus». L’avocat de S. Bouteflika, et de manière surprenante, faisant ainsi savoir que dans l’affaire de la chaîne Beur TV, en lien avec A. Haddad, «les accusation contre mon client sont caduques (…) L’enquête fait suite à un SMS contenu dans le téléphone de mon client, un message avec le numéro de l’affaire», cependant, l’accusé «n’avait pas ouvert ce message que près d’un mois plus tard (…), soit après que la justice ait tranché dans l’affaire en question pas un non-lieu». n