Par Nadir Kadi
De nouveau jugé au niveau de la Cour d’Alger, l’ancien ministre de la Justice, Tayeb Louh, poursuivi, aux côtés de l’ancien homme d’affaires Tarek-Noah Kouninef, pour «abus de fonction», «trafic d’influence» et «entrave au bon fonctionnement de la justice», a été condamné hier à «2 ans de prison ferme». Une sanction, prononcée en appel, qui apparaît relativement plus clémente que le jugement du pôle pénal financier et économique du tribunal de Sidi M’hamed, concluant en mars dernier à «3 ans de prison ferme» contre l’ancien ministre en poste au secteur de la justice entre septembre 2013 et avril 2019. Les juges de la Cour d’Alger ont ignoré, hier, les demandes du procureur de la République qui avait requis pas moins de 10 ans de prison et la «confiscation de tous les biens et comptes bancaires saisis dans le cadre de cette affaire» contre les accusés Tayeb Louh, Tarek-Noah Kouninef et Tayeb Benhachem, ancien Inspecteur général au ministère de la Justice. L’affaire dite Louh-Kouninef avait mis en avant l’étendue des liens entre le pouvoir politique et les principales fortunes du pays durant la présidence Bouteflika. Le fond du dossier, notamment corroboré par les témoignages de magistrats lors du déroulement des audiences, a levé une partie du voile sur les «interventions» dans les processus judiciaires. Ainsi, Tarek-Noah Kouninef, qui a été condamné hier à «2 ans de prison ferme» au lieu des 3 ans et 200 000 dinars d’amende, prononcés en première instance, aurait longtemps bénéficié, selon la justice, de « l’appui» de l’ancien ministre. Notamment lorsque la société Kouninef avait importé, en 2014, du ciment surfacturé pour bénéficier d’avantages douaniers, selon les dires du procureur, qui ajoute en substance que les «instructions» données par les accusés Louh et Benhachem avaient fait peser des «menaces» sur le bon déroulement des procédures de justice «d’où la non-application des mandats d’arrêt» contre Tarek Kouninef».
Et dans cette logique, il avait également été précisé, lors du procès en première instance, que le secteur de la justice, sous Tayeb Louh, avait exercé des «des pressions» sur des magistrats de la Cour de Mostaganem. L’objectif de ces interventions, qui auraient eu lieu en 2016, aurait été d’annuler pas moins de seize «mandats d’arrêt et d’amener» lancés contre l’homme d’affaires pour «infraction à la réglementation sur les changes». Des accusations qui sont toutefois rejetées en bloc par Tayeb Louh et ses avocats tout au long du jugement de l’affaire. Une défense pour qui l’ensemble du dossier relève même du «complot politique». «Moi, Tayeb Louh, on m’accuse de corruption (…) J’étais président du Syndicat des magistrats. Je suis le premier à défendre les juges. Comment pouvais-je les malmener ?» avait notamment déclaré le principal accusé…
Par ailleurs, et au-delà de la «levée du gel sur la villa familiale du ministre», la «réduction» de peine décidée, hier, par les juges de la Cour d’appel ne change pas fondamentalement la situation de l’ancien ministre. En effet, Tayeb Louh devrait rester en prison dans le cadre de l’inculpation dans «l’affaire» de l’annulation, en 2013, du mandat d’arrêt international lancé à alors contre l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil. Quant au sort de l’ancien inspecteur général du ministère de la Justice, Tayeb Benhachem, les juges ont prononcé hier une peine de «18 mois de prison avec sursis» alors qu’il avait a été condamné à une peine de deux ans de prison ferme assortie d’une amende de 200 000 dinars en première instance. n