Il a fallu toute une journée, celle du lundi, de 8h à 20 h, et la prolongation de la session criminelle, qui a pris fin le 18 avril, pour que, finalement, tombe la sentence

Les membres de la cellule, constituée de trois Maliens, deux Guinéens, un Ghanéen et un Libérien (d’origine libanaise), ont bénéficié pour leur défense d’un avocat chacun commis d’office par la Cour. Pour leur permettre de communiquer, ils ont aussi bénéficié de l’assistance d’interprètes, anglophone pour  le Libérien, Aâlam Eddine Fayçal, principal accusé dans ce dossier, et le Ghanéen Souleymane Touré, et francophone, pour les Maliens Yahia Diakité, Maca Douma, Palou Sidré et les deux Guinéens Ibrahim Sidou Camara et Joseph Lama. Accusés d’espionnage au profit d’Israël, création, constitution et organisation d’une bande criminelle portant atteinte à la sécurité nationale, impression, possession et diffusion de documents subversifs faisant l’apologie du terrorisme et appelant à l’atteinte à la sécurité de l’Etat, entrée et séjour irréguliers sur le territoire national et usurpation d’identité pour deux d’entre eux, ils ont tous rejeté les accusations portées contre eux, affirmant qu’ils étaient entrés sur le territoire national pour travailler. Le Libérien a précisé qu’il voulait tenter la traversée vers l’autre rive de la Méditerranée. C’était, en effet, la seule affaire inscrite pour cette journée, étant donné qu’elle a été reportée le 18 avril 2018 au motif que le magistrat qui devait présider la séance n’était pas habilité, selon les textes brandis par les avocats, à y siéger. L’un des avocats ayant exhibé un document par lequel il avait fait remarquer au président qu’il n’avait pas le droit de siéger dans cette affaire, ayant, à juste titre, déjà fait partie, en qualité de conseiller à la chambre d’accusation sur cette même affaire. Comme la session criminelle était pratiquement arrivée à sa fin, exceptionnellement elle a été rallongée d’une semaine pour laisser le temps au nouveau magistrat désigné pour présider de prendre connaissance du dossier. Et c’est une dame, Mme Souad Meguesem, qui a, de mains de maître, présidé cette séance qui a connu des moments houleux lorsque les avocats ont fait remarquer à la présidente qu’ils n’ont pas eu connaissance du dossier d’expertise. Ce qui a, un moment, laissé planer le doute sur un probable renvoi, encore une fois, du procès et même du retrait des avocats qui, selon l’un d’eux, ont pris attache téléphoniquement avec leur bâtonnât, à Médéa. Coupant la poire en deux, la présidente a remis une copie du dossier d’expertise aux avocats afin qu’ils y jettent «un coup d’œil» pendant un quart d’heure et a levé la séance pour ce bref instant. Revenue dans la salle, elle commence l’audition du principal accusé dans cette affaire, dite de cellule d’espionnage au profit d’Israël, en l’occurrence le Libérien, d’origine libanaise, Aâlam Eddine Fawzi.

Les mis en cause rejettent les accusations

Comme en première instance, celui-ci rejeta toutes les accusations et maintient les mêmes déclarations. Encore blessé à la jambe droite, qu’il dit s’être fait lorsqu’il était à Oran avant de venir à Ghardaïa, le principal accusé, qui répondait assis sur un fauteuil, a été le plus longtemps questionné sur un registre sur lequel était mentionné Israël et des grades militaires ainsi que des chiffres se rapportant à des collectes d’argent. Niant toute implication dans un quelconque réseau criminel ou d’espionnage, celui-ci répondait à chaque fois qu’il était venu à Ghardaïa pour se soigner avant de tenter l’aventure vers l’Europe. Le juge lui rappelle qu’il avait sur lui, lors de son arrestation, 400 euros et 14 000 DA mais qu’il n’avait acheté aucun médicament, et que les hôpitaux en Algérie étaient gratuits. Pourquoi alors ne s’est-il pas fait soigner ? Et pourquoi pas à Oran ? Pourquoi faire des centaines de kilomètres pour venir se soigner à Ghardaïa et non pas à Oran où il avait contracté cette blessure ? L’accusé campant sur sa position a affirmé avoir voulu fuir la misère et par malchance s’être retrouvé dans une maison en ruine, à Bouhraoua, sur les hauteurs de la vieille ville de Ghardaïa, où, dit-il, «nous étions 32 personnes dans cette maison abandonnée et nous n’avons été que 7 à avoir été arrêtés». La juge lui rappelle que le grand registre sur lequel était mentionné Israël et des inscriptions portant sur des grades militaires ainsi que des sommes d’argent collectées a été retrouvé devant lui. Lui dément et jure que ce registre ne lui appartient pas, mais qu’il l’a vu une fois entre les mains de Géno Duke. Un individu dont l’ombre planera tout le temps sur le procès, et dont l’enquête a confirmé qu’il s’agit d’un Malien du nom de Diarra Moussa, qui demeure en fuite. Pratiquement tous les accusés ont reconnu, soit l’avoir rencontré ou vécu avec lui pendant un bout de temps. Pour ce qui est de la Bible retrouvée devant lui, il reconnaît qu’elle lui appartient et déclare être chrétien de confession. Pour sa part, Yahia Diakité soutient, comme lors du dernier procès, avoir été arrêté le jour même de son arrivée de Touggourt, où il travaillait dans un chantier de bâtiment. Il déclare avoir rencontré Géno Duke à la gare routière de Ghardaïa. «C’est lui qui m’a orienté vers cette maison abandonnée pour me reposer. Quatre heures plus tard, la police est arrivée et m’a arrêté en compagnie de ces 6 autres accusés. Moi, je n’ai rien fait et je ne connais personne parmi ces gens-là. Je suis innocent. » Tous les autres accusés clament leur innocence et soutiennent qu’ils ne sont en Algérie que pour travailler, même si trois d’entre eux reconnaissent être en situation illégale. Prenant la parole, le représentant du ministère public a rappelé «la gravité de cette affaire». «C’est une association criminelle qui est venue en Algérie pour mener la déstabilisation du pays au profit de notre ennemi Israël. Israël a toujours dit que son ennemi numéro un dans le Monde arabe reste l’Algérie, qui a toujours refusé d’avoir le moindre contact avec cette entité et qui soutient le peuple palestinien dans son combat pour sa juste cause. Israël tente par tous les moyens de déstabiliser notre pays. Messieurs les jurés, ne croyez pas que ces gens soient innocents. Ce n’est pas vrai. L’enquête menée par les services de sécurité prouve leur entière culpabilité. Il faut qu’ils soient sévèrement punis. Je demande la peine capitale pour les sept individus qui composent cette cellule.»
Revenue dans la salle à 20 h, après les délibérations, la juge a prononcé le verdict : «Peine capitale pour le Libérien Aâlam Eddine Fawzi. Pour le Ghanéen Souleymane Touré, les Maliens Yahia Diakité, Maca Douma, Palou Sidré et les deux Guinéens Ibrahim Sidou Camara et Joseph Lama, 10 ans de prison chacun et une amende collective d’un million de dinars à payer à titre de dommages et intérêts».