Les affaires de corruption reprennent de plus belle et ça promet une fin d’année plutôt animée dans les juridictions de la capitale. A commencer, aujourd’hui par l’ouverture à la cour d’Alger du procès en appel des frères Kouninef. Au rendez-vous figure, par la suite, le procès de l’accusée dite «Madame Maya» prévue le 26 du mois en cous, alors que le verdict dans la troisième affaire Zoukh est attendu le 29 décembre.
Plusieurs fois reporté, le procès en appel de la très médiatique affaire Kouninef devrait être ouvert aujourd’hui. Le dossier qui devait initialement être rouvert le 11 novembre dernier a, en effet, été reporté une première fois au 2 décembre «à la demande des avocats». Ces derniers avaient par la suite sollicité un second report au 16 décembre en «raison de la constitution de nouveaux avocats dans l’affaire». Le jugement sera toutefois encore reporté par le juge jusqu’au 23 décembre suite à la contamination par le virus de la Covid-19 de «plusieurs avocats de la défense» L’enquête et l’instruction avaient également nécessité un délai relativement important, en comparaison notamment avec les autres affaires politico-économiques jugées depuis la fin du système Bouteflika.
Il est à rappeler que les trois frères Réda, Abdelkader-Karim et Tarek-Noah Kouninef, héritiers des entreprises créées par leur père Ahmed Kouninef, et réunis dans le groupe KouGC, avaient été placés en détention dès le mois d’avril 2019.
Seule leur sœur Souad, également poursuivie dans cette affaire, reste pour la justice «en fuite» à l’étranger. Les faits qui leur sont reprochés sont inhérents au «trafic d’influence», «blanchiment d’argent», «obtention d’indus avantages», «détournement de fonciers et de concessions», ainsi que «non-respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics» et avaient abouti en première instance à des peines très lourdes.
Le verdict du Tribunal de Sidi M’hamed, annoncé le 23 septembre dernier, conclut à 16 ans de prison ferme pour Réda Kouninef et 15 et 12 ans ferme pour Tarek-Noah et Abdelkader-Karim en plus d’une amende de 8 millions de DA chacun et de la saisie des biens «à l’intérieur et à l’extérieur du pays». Souad Kouninef écopait pour sa part de 20 ans de prison, avec le lancement d’un mandat d’arrêt international.
L’un des principaux arguments de l’accusation aura été d’expliquer que les Kouninef avaient obtenu des prêts et des marchés grâce à des complicités au sein des ministères de l’Industrie, de l’Agriculture, des Ressources en eau, de l’Energie et des Télécommunications et d’institutions financières dont le Fonds national de l’investissement et la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR). Le montant des prêts accordés se chiffrerait à «plus de 260 milliards de dinars algériens, dont 186 milliards de dinars dus aux crédits injustifiés octroyés au groupe par des banques publiques, et 75 milliards de DA aux indus privilèges». Quant à la réaction des prévenus, ils avaient immédiatement annoncé par la voix de leurs avocats qu’ils feraient appel du jugement. Les trois frères ont, pour rappel, déclaré au juge de première instance qu’ils étaient entièrement innocents des charges retenues contre eux. Leurs coaccusés ont, eux, suivi des lignes de défense différentes.
Plusieurs de leurs anciens collaborateurs au sein du groupe KouGC avaient en ce sens affirmé qu’ils «ignoraient» les conditions dans lesquelles les marchés étaient conclus et qu’ils n’étaient «pas au courant de l’existence et du montant des prêts octroyés à certaines filiales du groupe». Le gérant du groupe, Keddour Ben Tahar, a été condamné, lui, à 8 ans de prison. Par ailleurs, le verdict du procès d’Abdelkader Zoukh dans l’affaire Ali Haddad, est attendu le 29 décembre. L’ancien wali d’Alger est condamné à 5 ans de prison ferme avec mandat de dépôt pour octroi d’indus avantages à l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout.
Dans l’affaire de l’ancien directeur général de la Sûreté nationale Abdelghani Hamel, Zoukh a écopé de 4 ans de prison ferme, assortis d’un million de dinars d’amende, de 10 millions DA de dédommagement pour le Trésor public et de trois ans inéligibilité.
Mais avant que le sort de Zoukh ne soit connu dans cette affaire, c’est l’affaire dite Madame Maya qui est au programme ce samedi. L’accusée a été condamnée en première instance par le tribunal de Cheraga, à 12 ans de prison ferme, dans une affaire de corruption. Impliqués dans cette affaire, l’ancien wali de Chlef, Mohamed Ghazi, a été condamné à une peine de 10 ans de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de DA, tandis que son fils a été condamné à 2 ans de prison ferme et une amende de 500.000 DA.
L’ancien wali d’Oran, Abdelghani Zaâlane, et le DGSN, Abdelghani Hamel, ont été condamnés à 10 ans de prison ferme avec une amende d’un million de DA chacun. <