Encore une fois, c’est sous haute protection et une fouille minutieuse et systématique de chaque personne autorisée à accéder à la salle d’audience du minuscule tribunal de la ville de Ghardaïa, que s’est tenu, hier mardi, le procès de deux dirigeants du MDS, en l’occurrence Hamid Ferhi, coordinateur national du Mouvement, Fethi Ghares, son porte-parole et candidat à la candidature à la présidentielle de 2019, et quatre autres militants des droits de l’Homme, à savoir Abdelkader Kherba, militant et porte-parole de la Coordination nationale des droits des chômeurs (CNDDC), Kaddour Chouicha, président du bureau d’Oran de la LADDH, Ahmed Mansri, membre du Snapap et président du bureau de Tiaret de la LADDH et Nadir Dabouze.

Ils sont poursuivis pour «outrages à corps constitué, incitation à attroupement non-armé et non-respect de décision administrative». Initialement prévu le 6 février passé, puis renvoyé au 20 mars et, encore une fois, renvoyé au 19 juin, le procès a finalement eu lieu ce mardi 19 juin dans un tribunal complètement encerclé par d’importantes forces de police à l’extérieur et à l’intérieur de la salle d’audience, où nous avons pu repérer, en sus de la dizaine de policiers en tenue, pas moins d’une dizaine de membres des différents corps des services de sécurité en civil, mêlés au public.
C’est à neuf heures tapantes que le président de séance entre dans la salle d’audience et procède à l’appel des accusés.
Les six sont présents et font face au président, encadrés par leurs deux avocats, Maîtres Noureddine Ahmine et Salah Dabbouze. Après avoir entendu les accusés, qui ont tous rejeté les griefs retenus contre eux et ont, au contraire, dénoncé le fait d’avoir été arrêtés sans motif valable, alors qu’ils étaient attablés à un café en plein centre-ville de Ghardaïa, et embarqués vers les locaux de la police, où ils sont restés de 9 heures du matin à 18 heures, avant d’être libérés mais sans leur restituer leur caméra vidéo, saisie à ce jour par les services de sécurité, le président a donné la parole à la défense. Et c’est à deux magistrales plaidoiries que le public a assisté. Le premier avocat à prendre la parole est Maître Salah Dabbouze, qui a minutieusement rappelé à la Cour les droits des citoyens, notamment à la liberté d’expression et de circulation. Enumérant article de loi sur article de loi, Maître Dabbouze a démonté un par un les chefs d’accusation pour lesquels sont poursuivis ses mandants. Lui emboîtant le pas, Maître Noureddine Ahmine a surtout mis l’accent sur la dangerosité des actions des pouvoirs publics qui ne cessent de harceler tous les militants des droits de l’homme et tous ceux qui ne regardent pas dans la même direction qu’eux.
«C’est grave d’arriver à interpeller des gens, des citoyens, des cadres de valeur en plein jour sur une terrasse de café. Est-ce qu’à Ghardaïa il y a une autre loi que celle appliquée partout ailleurs sur le territoire de la République ? Celle conférée par la Constitution ?» Reprenant son souffle, il s’adresse au président : «Vous savez bien, honorable Cour, que ces six citoyens n’ont rien à se reprocher et que, parmi eux, il y en a même un qui est candidat à la présidence de la République en 2019. Alors, je vous demande de prononcer le non-lieu et de leur restituer la caméra vidéo, saisie par la police.» A la fin des plaidoiries, le président s’adresse au représentant du ministère public et celui-ci requiert «un an de prison et un million de dinars d’amende pour chacun des six accusés».
Aussitôt, le président lève la séance et déclare que le verdict sera prononcé le mardi 26 juin 2018. Approché pour donner son avis sur les faits qui leurs sont reprochés et sur la caméra saisie, Hamid Ferhi, le coordinateur du MDS, rejette les accusations portées contre eux, affirmant que tout a commencé «le 13 juillet 2016, alors que nous étions attablés dans un café à Ghardaïa, où nous sommes allés apporter notre solidarité à Maître Salah Dabouze, qui devait être auditionné par le juge d’instruction.
Et voilà que la police nous interpelle et saisit notre caméra, que nous ne sommes toujours pas arrivés à récupérer à ce jour, et ce malgré toutes nos tentatives auprès des services de la Sûreté de wilaya de Ghardaïa». Il ajoute : «De quoi sommes-nous accusés ? D’outrage à corps constitué, incitation à attroupement non-armé et non-respect de décision administrative, ce que nous rejetons formellement». Kaddour Chouiha, le président du bureau de la Laddh d’Oran et enseignant universitaire, est lui confiant en la sagesse du tribunal, et surtout de la conscience des magistrats qui, au regard du dossier d’accusation complètement infondé, «n’ont pas d’autre alternative que de prononcer le non-lieu. C’est même dans l’ordre du droit et de la raison».
Pour le candidat à la présidentielle de 2019, et porte-parole du MDS, nous avons assisté au procès et entendu par nous-même que le président n’a rien opposé aux arguments de la défense, «c’est pourquoi je reste confiant quant à une issue favorable, c’est-à-dire le non-lieu. Mais je reste prudent quand même», conclut-il Le 26 juin verra l’épilogue de ce long feuilleton judiciaire. Un de plus à Ghardaïa… <