La Cour d’Alger a de nouveau reporté, hier matin, l’ouverture du procès en appel de l’affaire «GB Pharma». Le traitement de ce dossier, principalement lié à la corruption, et qui cite plusieurs personnalités politiques et investisseurs dans le domaine du médicament et de la santé, devrait ainsi débuter le 14 février prochain. Ce second report, après une décision similaire le 17 janvier, est par ailleurs présenté comme une «demande des avocats de la défense». La raison, «entendue» hier en marge de la salle d’audience, serait la nomination de nouveaux avocats et la nécessité pour eux d’un délai supplémentaire pour l’étude du dossier et de la stratégie de défense.
Affaire «GB Pharma» implique pour rappel les deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, mais aussi les frères Benhamadi, dont l’ancien ministre de la Poste et des Technologies, Moussa Benhamadi, décédé en juillet dernier à la prison d’El Harrach des suites de la Covid-19. Le jugement en première instance, en novembre dernier, au Tribunal de Sidi M’hamed avait, pour rappel, conclu à la culpabilité des ex-Premiers ministres en rendant notamment la charge «d’octroi de privilèges injustifiés» au Groupe Condor et à ses filiales pour la réalisation d’un centre pour brûlés à Skikda par la société Travocovia. La justice soupçonne par ailleurs l’existence de «facilitations» injustifiées pour la réalisation d’une usine de fabrication de médicaments GB Pharma dans la nouvelle ville de Sidi Abdallah. Une ville qui était, à cette période, gérée par l’ancien ministre de la Poste et des Technologies, Moussa Benhamadi.
Quant au volet purement politique de l’affaire «GB Pharma», il concerne, selon le dossier d’accusation, le financement illégal de la campagne du cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika d’avril 2019. Les frères Benhamadi auraient notamment mis à disposition un compte bancaire spécialement ouvert pour recueillir les apports financiers de parties sans aucun lien avec l’élection. Une accusation qui donne aux accusés un rôle d’intermédiaire entre le pouvoir politique de l’époque et certaines des principales fortunes du pays. Le dossier fait à ce titre avec le Groupe Condor en précisant que des «interventions» lors de la passation de marchés auraient «contraint» l’opérateur public de téléphonie mobile Mobilis à l’acquisition de téléphones portables et de tablettes auprès du groupe Condor.
Pour rappel, les deux principaux prévenus dans cette affaire, les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, aujourd’hui condamnés et incarcérés pour leur implication dans plusieurs autres affaires de corruption, avaient écopé de cinq ans de prison ferme lors du premier jugement du dossier «GB Pharma».
Les ex-Premiers ministres avaient quant à eux rejeté les charges en pointant la responsabilité des échelons inférieurs, notamment l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, et la direction de l’Agence nationale pour le développement de l’investissement (Andi). «Ces questions concernent directement les collectivités locales, à leur tête la wilaya, et non pas la Chefferie du gouvernement», avait notamment lancé Ahmed Ouyahia en ce qui concerne l’octroi de «facilitations» à la réalisation des projets d’investissement. <