Le séjour carcéral des porteurs de drapeau berbère sera prolongé suite à la décision du juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed (Alger), qui a acté hier le renouvellement de l’ordonnance de « mandat de dépôt » à l’encontre de Bilal Bacha et Messaoud Leftissi, deux détenus arrêtés le 19 juin dernier en possession de drapeaux berbères et placés le lendemain en détention préventive.
Tout a commencé le 19 juin dernier, quand les forces de l’ordre ont interpellé 21 manifestants en possession du drapeau berbère. Le groupe des 19 détenus bouclera dans moins de 10 jours les quatre mois de détention préventive que prévoit la loi. Le magistrat instructif, selon des avocats, est dans « l’obligation réglementaire » d’informer les prévenus des raisons ou motifs derrière la décision de la prolongation de la détention préventive ». Mais « le magistrat n’a pas d’arguments probants justifiant sa décision, notamment, dans le cas des porteurs de drapeau berbère, sur lesquels, le juge n’a aucun argument à avancer justifiant leur maintien en détention », estime le collectif des avocats plaidant la cause des prévenus.
Le collectif de défense, qui aspirait il y a quelques semaines à ce que le magistrat prononce un non-lieu ou le renvoi du dossier devant la chambre criminelle, ont été pris de court par cette décision de prolongation du mandat de dépôt. Pour eux, le « pouvoir n’est pas près de mettre en œuvre des mesures d’apaisement. Au contraire, la décision de maintenir les détenus en prison ne fera qu’attiser le feu et la colère des concernés, de leurs familles et de l’ensemble du peuple ». Djamel Benyoub, avocat au barreau de Béjaïa, exprime son « indignation », estimant qu’il s’agit d’un « déni qui confirme encore une fois que la justice en Algérie obéit à autre chose qu’à la loi». Pour lui, « une détention provisoire en Algérie ne peut pas durer plus de quatre mois et ne peut être renouvelée qu’une seule fois, en cas de circonstances exceptionnelles ». Or, ajoute Maître Benyoub, «la détention manque de base légale dès lors que les dossiers sont vides et des procès politiques sont intentés contre les porteurs du drapeau berbère ». Il a remis par ailleurs en cause le fait que pendant quatre mois de détention préventive, «l’instruction est toujours en cours», évoquant dans le sillage des «atteintes aux libertés individuelles, collectives et aux droits de l’Homme, ainsi que le recours abusif des magistrats à la prononciation quasi systématique de l’ordonnance de détention préventive, qui est, selon les procédures du code pénal, une mesure d’exception». Pour le même avocat, « le magistrat a la prérogative de renouveler une seule fois le mandat de dépôt pour une période de quatre mois». M. Benyoub évoque aussi ce qu’il a qualifié d’une « justice à deux vitesses » dans le sens où « des manifestants arrêtés pour les mêmes chefs d’inculpation dans d’autres wilayas, pendant les marches de mobilisation populaire, ont retrouvé la liberté et les procès accélérés, tandis que ceux d’Alger restent dans l’expectative que rien ne peut justifier». «Alger fait toujours l’exception», dénonce l’avocat, qui précise que le collectif de défense ne peut rien faire que « d’introduire des demandes de liberté provisoire au profit des détenus, bien qu’il se heurte toujours au rejet du magistrat ».
Il faut rappeler que les détenus en question ont été poursuivis pour «atteinte à l’unité nationale». un délit énoncé dans l’article 79 du code pénal qui n’interdit pas toutefois l’exhibition de l’étendard berbère.