Par Nadir Kadi
Le ministère de la Justice a fait savoir jeudi, dans un communiqué cité par l’APS, que des peines de 8 à 12 ans de «prison ferme», accompagnées d’amendes «allant de 1 à 10 millions de dinars» ont été prononcées entre le 10 et le 13 octobre à l’encontre de plusieurs individus poursuivis pour des actes de «spéculation illicite».
Le secteur de la justice précise que ces sanctions ont été décidées suite à des procédures de «comparution immédiate» et concernent plus précisément 10 accusés, issus de plusieurs wilayas du pays, notamment Alger, Tiaret et Chlef.
En effet, décisions de justice qui entrent dans le cadre de la lutte contre la «spéculation illicite», la contrebande et la criminalité «transnationale organisée» ; elles interviennent également en parallèle aux consignes de fermeté du gouvernement, et notamment du ministre de la Justice, garde des Sceaux, Abderrachid Tabi, qui avait déclaré le 7 octobre dernier que l’Etat «agira dans le cadre légal en garantissant toutes les conditions d‘un procès équitable, mais aussi il frappera avec une main de fer contre quiconque tenterait de toucher aux vivres des Algériens».
Et dans cette logique, le communiqué de la justice précise que l’ensemble des juridictions du pays sont actuellement concernées ; les autorités judiciaires ayant en effet «enregistré, durant la période allant du 10 au 13 octobre 2022, des poursuites pénales à l’encontre plusieurs individus pour avoir commis des actes de spéculation illicite. Ainsi certains d’entre eux ont été déférés devant les tribunaux, conformément aux procédures de comparution immédiate, tandis que d’autres ont été déférés au pôle spécialisé dans les affaires de criminalité transnationale organisée».
Et dans le détail, il apparaît que le phénomène du trafic, de contrebande et plus globalement de «spéculation illicite» ne concerne pas uniquement les régions frontalières. Ainsi, il est souligné que «le tribunal de Chéraga a prononcé une peine de 12 ans de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de DA à l’encontre du dénommé S. Kh, que «le tribunal de Tiaret a prononcé une peine de 12 ans de prison ferme, assortie d’une amende de dix millions de dinars à l’encontre des dénommés S. Dj. et A.B.», ou encore que «le tribunal de Chlef a prononcé une peine de 12 ans de prison ferme assortie d’une amende de 10 millions de DA à l’encontre du dénommé B. H.» et que «le tribunal de Koléa a prononcé une peine de 10 ans de prison ferme assortie d’une amende de deux millions de dinars à l’encontre du dénommé B. A. S.». Même chose à Tipasa, Ouargla, Amizour et Khemis Miliana où des peines de 8 et 10 ans pour motif similaire ont été prononcées contre 5 autres personnes.
Par ailleurs, rappelant que plusieurs dossiers sont également soumis à la section de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée, le ministère de la Justice précise que «35 individus originaires des wilayas de Boumerdès, Djelfa, El Tarf, Tébessa, Ouargla, Tamanrasset, Sétif, Souk Ahras et Adrar ont été présentés et poursuivis pour spéculation illicite dans le cadre d’une bande criminelle organisée avec renvoi devant le juge d’instruction, où 30 d’entre eux ont été placés en détention provisoire».
Ces affaires de justice liées à la spéculation remontées à la une de l’actualité depuis plusieurs jours font suite aux déclarations de plusieurs responsables politiques de haut niveau. Les services de la Gendarmerie nationale (GN), par la voix de son directeur de la sécurité publique et de l’emploi au Commandement de la GN, le colonel Lounis Mili, précise toutefois qu’un grand nombre de dossiers similaires ont été traités depuis le début de l’année. Ainsi, pas moins de «3 691 affaires impliquant 5 694 individus», liées à la lutte contre la contrebande et la spéculation au niveau du territoire national ont été élucidées au cours des 9 derniers mois de l’année 2022. Une action qui s’est également soldée, selon la même source citée par l’APS, par le placement en détention provisoire de 1 117 individus et la mise de 236 autres sous contrôle judiciaire. En ce sens, ces chiffres soulignent l’existence d’une certaine hausse du nombre d’affaires traitées par rapport à la même période de l’année dernière, le colonel Lounis Mili estime également que la pénurie «est due à la cupidité de certains commerçants en quête d’argent facile» au moment où «la production nationale en produits de base dépasse la consommation de 1,5 %».
Quant aux produits saisis dans le cadre de ces affaires : «1 226,481 tonnes de farine, 951,097 tonnes de blé tendre, 91 698 tonnes de blé dur, 211 662 tonnes de semoule, 29 032 tonnes de sucre, 20 958 tonnes de poudre de lait, 28 098 litres de lait, 418 090 litres d’huile de table, 63 493 tonnes de pâtes alimentaires et 1 398 têtes de bétail, soit l’équivalent de 262 500 055 dinars». n