Par Anne LEC’HVIEN
L’ancien président français Nicolas Sarkozy, poursuivi pour corruption, est interrogé lundi après-midi sur les faits, après une semaine tendue au tribunal de Paris. L’ex-chef de l’Etat, 65 ans, est arrivé peu avant 13H30 avec son avocate, saluant de la tête les journalistes avant d’entrer rapidement dans une salle d’audience remplie au maximum de la jauge autorisée par l’épidémie de coronavirus. Sur les bancs, figurent notamment deux fils de l’ancien président de la République. Interrompu jeudi soir, l’interrogatoire de son avocat et coprévenu, Thierry Herzog, a repris en début d’après-midi avec les questions de l’accusation, avant celui de Nicolas Sarkozy, qui semblait concentré sur sa chaise, une pochette entre les mains. Présent depuis le 23 novembre, premier jour de ce procès inédit dans lequel il est jugé pour corruption et trafic d’influence, il ne s’est pas encore réellement exprimé. L’image d’un ancien président à la barre est sans précédent sous la Ve République. Seul Jacques Chirac a été jugé et condamné en 2011 dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris, mais sans avoir comparu à l’audience pour des raisons de santé. Dénonçant des «infamies» il y a une semaine, Nicolas Sarkozy a répété deux jours plus tard vouloir «la vérité» et assuré qu’il répondrait à «toutes les questions», près de sept ans après la révélation de cette affaire au coeur de laquelle se trouve la notion de secret. D’abord le secret du délibéré que Gilbert Azibert, haut magistrat au sein de la Cour de cassation, est soupçonné d’avoir violé en 2014 en transmettant des informations à Nicolas Sarkozy, via Thierry Herzog, sur un pourvoi en cassation lié à l’affaire Bettencourt. A l’époque, l’ex-président avait obtenu un non-lieu dans ce dossier à Bordeaux, mais il cherchait à faire annuler la saisie de ses agendas présidentiels par la haute juridiction, car ils auraient pu être utilisés dans d’autres dossiers. En échange de ces informations voire d’une influence sur la procédure, Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir donné un «coup de pouce» à Gilbert Azibert pour une nomination à Monaco. Poste qu’il n’a pas obtenu. Des accusations réfutées en bloc mercredi à la barre par l’ex-haut magistrat, alors avocat général dans une chambre civile de la Cour: son intérêt pour le dossier Bettencourt était strictement «juridique» et il n’a jamais tenté d’influencer ses collègues, a-t-il affirmé.

«Combatif»
Le secret, ensuite, des conversations entre un avocat et son client, que la défense estime piétiné par la mise sur écoute de Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy. Tout le dossier est en effet basé sur des discussions entre les deux hommes, interceptées sur une ligne officieuse ouverte au nom de «Paul Bismuth», dans le cadre d’une autre affaire visant Nicolas Sarkozy: celle de soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. La première semaine d’audience s’est déroulée dans un climat tendu entre le parquet national financier (PNF) et la défense, qui dénonce un «dossier poubelle». De son côté, dans un réquisitoire sévère en octobre 2017, le parquet avait comparé les méthodes de Nicolas Sarkozy à celles d’«un délinquant chevronné». Retraité de la vie politique depuis 2016 mais encore très populaire au sein du parti de droite Les Républicains, l’ex-président, se disant «combatif», avait qualifié le procès de «scandale qui restera dans les annales», se défendant d’être un «pourri». Tout comme ses deux coprévenus, il encourt dix ans d’emprisonnement et un million d’euros d’amende. Le réquisitoire du PNF est attendu mardi, avant les plaidoiries de la défense. Le procès doit s’achever jeudi soir. n