Mohamed Loukal, ancien gouverneur de la Banque d’Algérie et ex-ministre des Finances, sous la présidence Bouteflika, a été placé dans la journée d’hier sous mandat de dépôt.

Par Nadir Kadi
La décision, en suspens depuis plus de deux ans, aurait été prise par le juge d’instruction du pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed en retenant des accusations lourdes liées à «la corruption», «l’abus de fonction» et «l’octroi d’indus avantages».
Le mis en cause, inquiété par la justice dès 2019, avait également été entendu début août dernier aux côtés de plusieurs anciens responsables dans le cadre de l’affaire dite de «l’Agence nationale des barrages et des transferts» (ANBT). Toutefois, les nouvelles accusations dont il fait l’objet, aujourd’hui, porteraient plus précisément sur des «actes» commis alors qu’il était Directeur général de la Banque extérieure d’Algérie (BEA).
En effet, personnage central de l’Etat, directeur de la BEA entre 2001 et 2016, puis gouverneur de Banque d’Algérie jusqu’en 2019 et, enfin, ministre des Finances du gouvernement Bedoui entre mars 2019 et janvier 2020, le nom de Mohamed Loukal a été cité à de nombreuses reprises lors des jugements des ex-responsables politiques et économiques de l’ère Bouteflika. Les premières informations faisant état de l’implication de Mohamed Loukal dans des enquêtes pour corruption, remontent, en effet, au mois d’avril 2019, dans le contexte encore incertain des premières manifestations populaires. Ainsi, et sans qu’il soit précisé la nature de cette première audition par la justice – en tant qu’accusé ou en tant que témoins – la Télévision nationale, puis l’APS, avaient annoncé les 20 et 29 avril 2019 que la justice a «convoqué» et «entendu» Mohamed Loukal en compagnie de l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia. Les deux responsables auraient eu à répondre dans le cadre d’enquêtes sur des «affaires de dilapidation de deniers publics et d’avantages indus», avait fait savoir la Télévision nationale, alors que l’APS ajoutait plus tard que la brigade des investigations de la Gendarmerie nationale avait procédé à la remise de convocations avec P-V à l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia et au ministre des Finances et ex-gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal pour comparaître devant le Procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed. Une convocation pour répondre de «dilapidation de deniers publics et de privilèges indus».
Nouveau placement sous mandat de dépôt qui intervient après les jugements et condamnations des principales figures de l’ancien système. Ces procès sont encore loin d’être arrivés à leur terme, ainsi on apprenait hier le report au 10 octobre prochain du procès impliquant l’ex-conseiller à la présidence Saïd Bouteflika, l’ancien ministre de la Justice Tayeb Louh, et l’homme d’affaires et président du FCE Ali Haddad. Un report demandé par la défense «au regard des conditions psychologiques dans lesquelles se trouve son client suite au décès de son frère». Le fond du dossier, jugé par le tribunal de Dar El Beïda retient, pour rappel, «incitation à falsification de documents officiels», «abus de fonction», «entrave à la justice», «incitation à la partialité de la justice» et «outrage à magistrat» ; une «affaire» retient aussi l’attention par la comparution pour la première fois d’un ancien garde des Sceaux devant les juges.
Par ailleurs, il est à signaler que la comparution hier de Tayeb Louh a entraîné le report d’une autre affaire, où il est également cité en tant que témoin, à savoir le procès en appel de l’ex-DGSN Ali Hamel. En effet, la Cour de Blida qui juge l’affaire impliquant Abdelghani Hamel mais aussi l’ancien chef de la Sûreté de wilaya d’Alger, Noureddine Berrachdi, a elle aussi reporté l’ouverture du procès en appel au 10 octobre. Les deux ex-responsables à la DGSN sont poursuivis pour «abus de fonction» et sous le coup d’une condamnation, en première instance, à quatre ans de prison ferme assortie d’une amende de 100 000 dinars chacun.

Bedoui sous contrôle judiciaire

L’ancien Premier ministre et longtemps ministre de l’Intérieur, Nouredine Bedoui, est depuis hier, sous contrôle judiciaire. C’est la décision prise par le tribunal Sidi M’hamed qui a auditionné l’accusé poursuivi pour « dilapidation de deniers publics » et « abus de fonction ».
Les démêlées de Bedoui avec la justice ont commencé à l’automne 2020 quand il a été entendu par la brigade économique et financière de la police judiciaire de la wilaya de Constantine dans le cadre d’affaires de corruption liées à la période durant laquelle il était au poste de wali de Constantine de 2010 à 2015.
Il a été notamment entendu sur des affaires d’octroi du foncier a des promoteurs immobiliers afin de construire et de réaliser des milliers de logements promotionnels.
Bedoui aurait accordé, selon des récits, des parcelles de terrain à des industriels sans respecter la procédure légale comme il aurait aussi permis à des parlementaires des deux chambres d’obtenir des avantages entre autres des parcelles de terrain au niveau de la nouvelle ville Ali Mendjeli, le quartier «Zouaghi Slimane» et dans la ville de Khroub.
Pour sa part, l’ancien wali de Tizi Ouzou, Hocine Ouadah, a été placé en détention provisoire prolongeant ainsi la liste des walis de la République mis en prison pour des affaires de corruption. N. B.