Le garde des Sceaux en avait annoncé la couleur au début du mois d’août, le Conseil des ministres, qui s’est exprimé sur le sujet et l’a inscrit de manière inédite à son ordre du jour d’avant-hier, le confirme : les actes de violence commis en bandes armées et à l’aide d’armes blanches, qui se sont multipliés récemment dans nos espaces urbains et notamment dans les nouvelles cités, seront sévèrement punis par la loi. Leurs auteurs sont passibles de lourdes peines et dans certains cas à perpétuité…

Des scènes que l’on ne voyait que dans des films sur les jungles urbaines d’ailleurs sont en passe de devenir un phénomène de société, une amère réalité que l’on croise à presque tous les coins des villes algériennes. L’épiphénomène de regroupements de voyous sous la même bannière du crime tend à s’amplifier. Ce n’est plus «l’association de malfaiteurs» classique, mais une «assemblée» de hors-la-loi qui s’organise en bande, non seulement pour agresser et voler, mais pour s’approprier un territoire, une substance interdite ou tout simplement du racket organisé, qui va du simple gardiennage de voitures à la «protection» payante de votre commerce. Ce sont des bandes organisées qui se forment ainsi, des gangs pour reprendre le terme anglo-saxon, désormais usité.
«Tout a commencé avec la délocalisation des bidonvilles. Leur création remonte très loin dans le temps, mais occupons-nous uniquement de ceux érigés pendant la colonisation et la migration des campagnes vers la ville amorcée au lendemain de la révolution industrielle lancée par Boumediène». Les propos sont de Abderrahmane B., un psychologue mais néanmoins Commissaire divisionnaire au sein de la DGSN. «La création des bidonvilles obéit à un code d’honneur : nul ne peut bâtir son gourbi s’il n’est pas de la même dechra, douar ou village. En vase clos, il y a une violence que personne ne soupçonnait car aucun étranger n’y avait accès. Avec la débidonvilisation, l’Etat, au lieu d’éparpiller les gens appartenant à une même caste ou douar, les a au contraire regroupés au sein de la même cité, bâtiment ou quartier. Là, ce sont les mêmes us et coutumes qui se reproduisent. Si un «étranger», même s’il ne fait que traverser une «zone interdite», une simple rue ou cour d’immeuble, se fait tabasser ou houspiller, il retournera à sa propre «tribu», regroupera ses frères, amis et cousins et reviendra se venger. Et c’est une boucle interminable qui se forme».

Anciennes pratiques et villes nouvelles
Avec toutes ces gâteries, les bandes formées initialement pour la vengeance, ajoutera notre interlocuteur, s’organisent autour d’un territoire de gardiennage de voitures, de vente d’alcools et des plaisirs de la chair, puis de drogues douces et, plus récemment, dures. Les couteaux font leur apparition, puis les fusils harpons et cutters et même parfois, mais c’est encore rare, d’armes à feu.
C’est à la faveur, si l’on peut s’exprimer de la sorte, de ce phénomène que le gouvernement Djerad, et après un Conseil des ministres présidé par le président Abdelmadjid Tebboune, a consacré une large part de son activité. Le dossier des gangs, puisqu’il faut l’appeler désormais ainsi, et après une préparation technique du ministère de la Justice, est désormais au centre des débats sur l’insécurité en Algérie.
Des mesures exceptionnelles seront donc prises dans les prochaines semaines pour que le phénomène de gang reste un épiphénomène et ne devienne pas une plaie avec laquelle on devrait apprendre à vivre. Pour cela, l’Etat et ses appendices devront «lutter sans relâche contre le phénomène de bandes criminelles de quartier qui ont connu un pullulement ces dernières années, notamment dans les grandes villes à la faveur de la faiblesse de l’autorité de l’Etat, d’où l’impératif renforcement des mesures coercitives en vue de protéger les citoyens et leurs biens, de ces bandes criminelles qui sèment le chaos, terrorisent les citoyens et s’adonnent au trafic de drogue».
Et les nouvelles villes et les quartiers «bidonvilisés» sont l’exemple le plus frappant, où, à Constantine, Ali-Mendjeli et Oued El Had se taillent la part du lion dans cette nouvelle délinquance. A Annaba, c’est El Hattab, Boukhadra, anciennement Bouhamra, et Draa Errich qui s’illustrent au même titre que leur aînesse, la place d’Armes. Et les exemples sont légion aussi à Oran, Tizi Ouzou, Tlemcen et, bien sûr, Alger. Les épées que l’on fait voltiger et les bâtons cloutés sont devenus les armes de prédilection de délinquants de plus en plus jeunes.
Le même Conseil des ministres a insisté aussi sur le tarissement des sources de l’armement en interdisant «l’importation, la vente, la possession, l’utilisation ou la fabrication d’armes blanches, sabres et poignards, destinés aux bandes des quartiers». De plus, seront exclues prochainement des grâces présidentielles et autres toutes «les personnes condamnées, membres de ces bandes», tout en brandissant un bouclier de «mesures légales devant protéger les différents corps de sécurité, chargés de lutter contre ces bandes».
A ce propos, le Président de la République a donné des instructions pour mettre noir sur blanc une nouvelle batterie de textes prévoyant l’implication de la société civile et surtout «la lutte contre cette criminalité passible de peines proposées allant de 5 ans à la perpétuité en cas d’homicide, assorties d’amende allant jusqu’à 2 millions DA».
Le Président de la République a, pareillement, instruit le ministre de la Justice, garde des Sceaux, d’apprêter une loi contre «le kidnapping pour préserver la sécurité des citoyens et de leurs enfants». Un phénomène qui a aussi pris des proportions alarmantes ces dernières années, notamment le rapt d’hommes d’affaires à Tizi Ouzou, et surtout des enfants. On se rappelle la tragédie qui a conduit au viol et à l’assassinat de deux enfants de moins de dix ans à Ali-Mendjeli, ainsi que d’autres victimes innocentes des méfaits de pervers, comme il y en a eu aussi à Relizane, Ghardaïa, Sidi Bel Abbès, Sétif et d‘autres villes du pays. C’est dire qu’il est urgent d’élaborer et d’appliquer des textes salvateurs pour le bien-être et la protection de la population. n