Jugées toutes deux par le pôle pénal et économique du tribunal de Sidi M’hamed, les «affaires» de supposés actes de malversation et de corruption, mettant en cause l’ancien chef de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) Abdelmadjid Sidi-Saïd et l’ancien Président-directeur général du Groupe Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, devraient connaître leurs épilogues, respectivement, aujourd’hui et demain.

Par Nadir Kadi
Les deux ex-responsables risquent des peines particulièrement lourdes, l’accusation ayant requis «15 ans de prison ferme» contre A. Sidi-Saïd et «18 ans de prison ferme» contre A. Ould Kaddour.
En effet, jugé depuis le 8 novembre dernier aux côtés de plusieurs co-accusés, dont ses fils Ramine (en fuite à l’étranger), Hanafi et Djamil, l’ancien secrétaire général de l’UGTA, aujourd’hui âgé de 73 ans, est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation allant de «trafic d’influence dans le but d’octroyer d’indus avantages» au «blanchiment d’argent».
Le procureur de la République avait requis pas moins de «15 ans de prison ferme» en plus du payement d’une «amende de 8 millions de dinars» et une saisie de l’ensemble des biens. Ses trois fils risquent pour leur part entre 10, 12 et 18 années de prison ferme et 8 milliards de dinars d’amende chacun.
Pour rappel, le dossier d’accusation met en avant des soupçons de malversation et d’abus de fonction, notamment pour l’obtention de biens immobiliers, ou de facilitation, au profit des fils ou des entreprises de l’ex-responsable de l’UGTA, entre 1997 et 2019. Ainsi, l’accusation avait également demandé entre 3 et 5 ans de prison ferme contre l’ancien Directeur général de l’Office de promotion et gestion immobilière (OPGI) d’Hussein Dey, et l’ancien Directeur général de l’opérateur public Mobilis.
Quant à la défense du principal accusé et de ses fils, elle avait dans un premiers temps concentré ses efforts sur le dépôt de demandes de libération conditionnelle, sans que la justice ne réponde favorablement à ces requêtes. La ligne de défense durant le procès a par ailleurs consisté à nier certains faits avancés par l’accusation, ou à en minimiser la portée.
En ce sens, répondant par visioconférence, depuis la prison d’El Harrach, à une question au sujet de l’obtention par l’un de ses fils d’un appartement en plus de deux locaux auprès de la Mutuelle des travailleurs pétroliers, alors qu’il n’en est pas membre, Abdelmadjid Sidi-Saïd avait précisé qu’il n’était pas au courant : «C’est la direction de l’UGTA qui a pris l’initiative de céder à mon fils un appartement sans me mettre au courant. Je n’aurais jamais pris une telle initiative». Ajoutant plus loin que son fils avait obtenu ce logement «sur initiative personnelle du responsable de la mutuelle qui lui a proposé d’acheter le bien du fait qu’il n’avait pas de logement à cette période».
Affaire de la raffinerie Augusta
Egalement jugé par le tribunal de Sidi M’hamed dans le cadre de l’affaire dite de la raffinerie Augusta, le dossier de l’ex-PDG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, pourrait lui aussi se conclure lundi par un très lourd verdict. En effet, le procureur avait demandé une peine de «18 ans de prison ferme» contre l’ancien responsable, en rappelant le nombre et la gravité des faits reprochés, à savoir «conclusions de marchés publics contraires à la réglementation et aux lois en vigueur en vue d’accorder à autrui des avantages non justifiés», «dilapidation de deniers publics», «abus de fonction», «trafic d’influence» ou encore «non-consultation du partenaire social lors de la conclusion de la transaction».
Le dossier dit de la raffinerie Augusta fait, pour rappel, référence aux conditions, supposément frauduleuses, du rachat en décembre 2018 de l’infrastructure industrielle située au sud de l’Italie par le Groupe Sonatrach. Les soupçons de l’accusation étant notamment renforcés par le montant de la transaction, initialement fixé à 733 millions de dollars avant d’être multiplié, atteignant finalement près de 2 milliards de dollars. Quant à l’accusé, il s’était notamment défendu en expliquant que le montant d’acquisition était resté inchangé, ajoutant toutefois que la différence, de près de 1,1 milliard de dollars, représente les montants des cautions douanières, les coûts de maintenance et de rénovation, ainsi que la mise en conformité avec l’environnement. Et dans cette même logique, Abdelmoumen Ould Kaddour avait également défendu la justesse de sa stratégie d’investissement, expliquant en substance qu’elle visait la construction et l’acquisition de plusieurs raffineries en Algérie et à l’étranger en vue de réduire la facture d’importation de carburant raffiné et contribuer à l’exportation. Par ailleurs, il est également à rappeler que le lancement de cette procédure judiciaire avait nécessité l’émission par l’Algérie d’un mandat d’arrêt international contre l’ex-PDG, suivie de l’arrestation et l’extradition de ce dernier en août 2021 depuis les Emirats arabes unis. <