Le nouveau traitement de l’affaire «Sonatrach 1», une procédure dont le lancement était initialement programmé hier, a finalement été reporté à une «date ultérieure».

La Cour d’appel d’Alger, chargée par la Cour suprême de relancer le jugement suite au pourvoi en cassation annulant le premier verdict, a en effet décidé de reporter l’ouverture à «la prochaine session criminelle». Une décision motivée, hier matin, par l’absence de cinq inculpés, parmi lesquels «trois sociétés étrangères», dont les représentants «n’ont pas pu faire le déplacement à cause de la pandémie de la Covid-19», a informé l’APS.
En 2016, l’affaire «Sonatrach 1», qui s’était rapidement transformée en un véritable scandale politico-économique, avait pour rappel retenu les charges «d’association de malfaiteurs», «détournement de fonds publics», «corruption» et «blanchiment d’argent». Les principaux mis en cause, dont l’ancien PDG du groupe Sonatrach, Méziane Mohamed, ainsi de hauts cadres du groupe dont Amar Zenasni, responsable du transport par pipeline ou encore le directeur des activités «amont», Belkacem Boumediène… avaient été condamnés le 2 février 2016 à des peines de prison allant de 18 mois avec sursis à 6 ans de prison ferme. Le même verdict avait par ailleurs mis en cause quatre entreprises étrangères ayant bénéficié «frauduleusement» de marchés publics, et au préjudice de Sonatrach. Notamment le groupe «Contel Algérie Funkwerk Pletarc», ayant obtenu des «privilèges injustifiés» alors que ses offres étaient plus élevées que celles des autres soumissionnaires, selon l’arrêt de renvoi de l’affaire.
Quant au fond du dossier instruit en 2016, il avait mis en avant plusieurs contacts «suspects» conclus de gré à gré entre la Sonatrach et des entreprises étrangères représentées en Algérie. Un total de 1100 milliards de centimes aurait ainsi été accordé par l’ancien PDG de Sonatrach au groupe allemand «Contel Algérie Funkwerk Pletarc», dans le cadre d’un projet d’acquisition d’équipements de télésurveillance et de protection électronique des complexes du groupe pétrolier à travers le pays. Une transaction qui aurait eu pour contrepartie l’octroi d’actions au profit des deux fils du patron de Sonatrach Fawzi et Réda Méziane, selon une «source» citée hier par l’APS.
Et d’autres marchés «suspects», accordés par la Sonatrach, devraient de nouveau être scrutés par la justice, notamment le contrat avec la filiale algérienne du groupe italien Saipem portant sur un projet, jamais réalisé, de gazoduc entre l’Algérie à l’Italie (Sardaigne). Un marché conclu dans une situation laissant imaginer l’existence de conflits d’intérêt ; l’enquête faisant apparaître que l’un des fils de l’ex PDG Mohamed Meziane travaillait au moment de faits (et depuis 2006) comme conseiller auprès de l’ex-directeur de «Saipem Contracting Algérie», Tullio Orsi. Ce dernier est par ailleurs poursuivi en Italie, par le parquet de Milan, dans le cadre d’une affaire de corruption impliquant le groupe pétrolier italien ENI, dont Saipem est une filiale, pour l’octroi de marchés pétroliers en Algérie.
Ainsi, donc le nouveau jugement dépend aujourd’hui de la levée des restrictions aux frontières. Par ailleurs, un deuxième «scandale» ayant marqué la présidence Bouteflika, à savoir l’affaire de l’autoroute Est-Ouest, devrait également refaire parler de lui prochainement. Le nouveau jugement, programmé initialement le 21 janvier dernier, avait en effet été reporté par la Cour d’Alger «à la fin de la session pénale», et à la demande du collectif d’avocats. Pour rappel, le dossier de l’Autoroute Est-Ouest avait été jugé en 2015 en laissant de nombreuses questions sans réponse. La Cour Suprême a en ce sens confié au tribunal criminel d’Alger la charge de faire toute la lumière sur la gestion et le financement d’un projet pharaonique, ayant coûté, selon les sources les plus crédibles, près de 20 milliards de dollars. <