Par Nadir Kadi
Le pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’Hamed a reporté, hier matin, pour la seconde fois, l’ouverture du procès de l’ancien conseiller de la présidence Saïd Bouteflika, accusé aux côtés de plus de soixante-dix personnes, entre ex-responsables et hommes d’affaires, d’actes en lien avec la corruption. Le report du procès au 11 janvier prochain, selon les éléments communiqués hier à la presse, a été demandé par les avocats de la défense, en vue de bénéficier d’un délai supplémentaire pour l’étude d’un dossier présenté comme particulièrement complexe. L’affaire, initialement programmé les 25 puis 28 septembre dernier, retient en effet différents niveaux de charges, allant de la dissimulation de bien frauduleux issus de la corruption, le blanchiment d’argent ou encore la violation de la législation des changes.
Nouveau procès qui réunit dans les faits plusieurs affaires et accusations que les avocats des principaux prévenus, dont ceux de Saïd Bouteflika, Ali Haddad, Mahieddine Tahkout et des frères Kouninef, estiment en substance comme étant sans liens systématiques. La défense avait en ce sens fait savoir dès la veille de l’audience d’hier qu’ils demanderaient un nouveau report à la justice pour l’étude du dossier de renvoi, contenant pas moins de «370 pages», mais aussi pour «réunir les éléments du dossier répartis au niveau de plusieurs juridictions», selon l’un des avocats des frères Kouninef et d’Ali Haddad cité par le journal El Khabar. Les avocats de la défense avaient par ailleurs estimé, selon la même source, que le traitement de plusieurs dossiers dans une même procédure pouvait être problématique pour la défense, estimant que le fait que les prévenus n’ont pas été arrêtés simultanément a pu permettre la dissimulation de preuves ou d’éléments impliquant les principaux accusés. En ce sens, il est rappelé que parmi les près de 70 accusés dans cette affaire, plusieurs personnes sont des membres des familles des hommes d’affaires incriminés.
Quant à Saïd Bouteflika, qui fait figure de principal accusé dans cette affaire au regard de la fonction qu’il occupait au moment des faits, il est à noter que son avocat avait fait savoir à la presse qu’il devrait comparaître par visioconférence après qu’il ait été transféré ces derniers jours d’El Harrach vers la prison de la wilaya d’El Beida. Saïd Bouteflika avait pour rappel été condamné en octobre dernier par la Cour d’Alger à 8 ans de prison ferme dans l’affaire dite du «financement occulte» de la campagne électorale de la présidentielle annulée d’avril 2019. Un verdict qui avait fait suite à plusieurs années de poursuites et de procès avec notamment une précédente lourde peine de 15 ans de prison ferme annulée au début de l’année 2020 lors d’un procès en appel où la justice militaire a relaxé tous les accusés.
Par ailleurs, et au-delà des hommes d’affaires cités dans cette affaire, il est également à noter que la justice porte également ses soupçons contre des figures politiques ayant émergé sous la présidence Bouteflika, et notamment contre l’ancien député Tahar Missoum, actuellement sous contrôle judiciaire dans ce dossier. L’ancien responsable serait en effet accusé d’association de malfaiteurs et d’avoir dissimulé des biens issus de la corruption et du blanchiment d’argent. L’ex député avait déjà été condamné en 2021 par le tribunal de Tlemcen a deux ans de prison ferme pour des propos mettant en cause l’institution judiciaire. <