C’est aujourd’hui qu’aura lieu le procès de Karim Tabbou, en détention à la prison de Koléa, après avoir été reporté le 26 avril dernier suite à la demande formulée par le collectif de défense.

«Il s’agit du procès dans le cadre duquel il a été remis en liberté provisoire après avoir été arrêté une première fois le 11 septembre 2019», rappelle le Comité national pour la libération des détenus (CNLD). Karim Tabbou a été arrêté le 11 septembre 2019 et accusé, dans cette affaire, «d’atteinte au moral de l’armée».
Membre du collectif d’avocats du militant politique Karim Tabbou, l’avocat Mostefa Bouchachi a estimé que le report était prévisible pour plusieurs raisons. Il s’agit, a expliqué l’avocat, de l’annulation de toutes les audiences pour les affaires «des non-détenus» et c’est le cas de Karim Tabbou dans cette affaire puisqu’il avait été remis en liberté provisoire par le juge près la Cour de Tipasa, avant d’être arrêté le lendemain. Pour M. Bouchachi, il était question aussi de travailler pour un procès équitable en permettant notamment à tous les avocats qui le souhaitent de plaider en faveur de Karim Tabbou. Or, ce n’est plus possible aujourd’hui dans les conditions actuelles de confinement sanitaire, souligne-t-il, ajoutant que le collectif de la défense refuse que le procès se déroule par visioconférence.
Dans le sillage des signes et gestes de solidarité avec Karim Tabbou, un comité appelé «Sauvons Karim Tabbou», composé de personnalités issues de divers horizons entre universitaires et militants politiques et associatifs, a vu le jour. «Depuis son arrestation le 11 septembre 2019, Karim Tabbou est soumis à un traitement judiciaire d’exception qui bafoue ses droits les plus élémentaires. Un traitement qui enfreint le droit national algérien, mais aussi les conventions internationales de protection des droits humains que l’Etat algérien s’est engagé à respecter», a souligné le comité dans une déclaration. «Aujourd’hui, nous sommes convaincus que Karim Tabbou est victime d’un acharnement judiciaire visant à le briser moralement et physiquement. Il prend la forme d’un châtiment politique aveugle qui suscite notre inquiétude. Toute notre inquiétude», ont écrit les signataires de la déclaration.
Jeudi dernier, la Cour de Tipasa a réagi au communiqué du collectif de défense de Tabbou selon lequel le détenu a été empêché d’appeler sa famille par téléphone. «Karim Tabou a volontairement refusé d’effectuer un appel téléphonique avec un membre de sa famille, en dépit de l’accord, qui lui a été signifié par les autorités judiciaires compétentes, suite à une demande qu’il avait exprimée précédemment», écrit le Parquet général près la Cour de Tipasa dans un communiqué. «Après examen, la demande a été approuvée par les autorités judiciaires compétentes. Le concerné a été autorisé à effectuer une communication téléphonique avec sa famille, mais une fois informé de cette autorisation, et après invitation à utiliser le téléphone, Karim Tabbou a refusé d’effectuer tout appel téléphonique, sauf après consultation de ses avocats», soutient le Parquet. Raison pour laquelle, la Cour de Tipasa dit rejeter «catégoriquement» les informations relayées par des organes de presse, portant sur le refus de la demande émise par l’intéressé pour un appel téléphonique avec sa famille…
Pour sa part, le collectif de défense a évoqué, 48 heures plus tôt, la discrimination dont est victime Karim Tabbou, dénonçant «la politique d’isolement» et un «traitement psychologique sévère, discriminatoire et sélectif» contre le détenu. «L’interdiction du droit d’appeler viole totalement la loi sur l’organisation pénitentiaire, en particulier l’article 72 et les articles stipulés dans le décret exécutif n° 05-430 du 8 novembre 2005, qui précise les moyens de communication à distance et leur utilisation par les détenus», avait écrit le Collectif de défense.<