Par Nadir Kadi
Après plusieurs reports, le procès de l’ancien ministre de l’Energie, Chakib Khelil, et de l’ancien PDG du groupe Sonatrach, Mohamed Meziane, s’est ouvert hier au niveau du pôle pénal économique et financier du Tribunal de Sidi M’hamed. La justice, après deux ans d’enquête, soupçonne les anciens responsables, ainsi que de hauts cadres de l’Etat et d’entreprises algériennes et étrangères, d’avoir participé ou couvert des actes de «corruption» lors du suivi et de la gestion du projet du complexe gazier d’Arzew. Les charges retenues dans cette affaire, dont «l’octroi d’indus privilèges», «l’abus de fonction et conclusion de marchés en infraction aux lois et à la réglementation, conformément à la loi 06-01 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption» auraient en ce sens abouti à des pertes financières estimées à près de 127 millions de dinars. La Sonatrach et le Trésor public se sont, pour rappel, constitués partie civile dans cette affaire.
Procès où le principal suspect Chakib khelil est toujours «en fuite» à l’étranger et sera jugé par contumace ; l’audience a toutefois été marquée, dans l’après-midi d’hier, par le passage à la barre de plusieurs représentants et gérants d’entreprises privées ayant participé au projet d’Arzew et, notamment le partenaire Saipem Algérie. Les juges ont, en effet, posé des questions sur les procédures suivies au moment des faits, et plus précisément sur la manière dont les prestations étaient facturées. La charge retenue contre certaines de ces entreprises étant, selon le juge, l’émission de «fausses déclarations». Cependant, et bien que l’ensemble des représentants ont précisé avoir «suivi les procédures en vigueur», il est également à signaler que l’audience était souvent marquée par des difficultés de communication et de compréhension entre les juges et les témoins. Plusieurs qui ont comparu libres ont visiblement eu des difficultés à s’exprimer en arabe, une situation qui pourrait gêner le procès d’autant que plusieurs sources de presse ont rapporté que la justice compte également se pencher sur l’ensemble des projets entre Sonatrach et les entreprises mises en cause. Affaire qui aurait ainsi nécessité près de deux ans d’enquête, le secteur des finances avait pour sa part évalué les pertes causées par la seule gestion du projet gazier d’Arzew à près de 127 millions de dinars. La justice entendra en ce sens, dans les prochains jours, les explications de deux anciens responsables de la Sonatrach, Mohamed Meziane, qui purge une peine de prison en Algérie dans le cadre d’une autre affaire, mais aussi l’ancien vice-président de l’entreprise Abdelhafid Feghouli. Quant à l’ancien ministre Chakib Khelil, en poste durant plus de 10 ans, entre novembre 1999 et mai 2010, il fut longtemps considéré comme l’un des proches de l’ancien président A. Bouteflika, bien qu’il sera poussé à quitter le gouvernement en 2010, après avoir été cité dans des malversations financières.
Réfugié par la suite aux Etats-Unis, il est rentré en 2016 en Algérie après l’abandon des poursuites contre lui, mais quitte de nouveau le pays dans le contexte des manifestations populaires. Aujourd’hui, l’ancien responsable reste sur le coup d’un mandat d’arrêt international ; sa présence avait, en effet, été requise par la justice dans le cadre de plusieurs autres affaires, notamment le réexamen des affaires Sonatrach 1 et 2.