La question des libertés se pose plus que jamais comme une urgence nationale, et c’est d’elle que dépendra vraisemblablement la nouvelle séquence qu’ouvrira le président qui a tendu la main du dialogue au Hirak avant même son investiture officielle, attendue aujourd’hui.

Nul doute qu’un processus de dialogue ou de négociations ne saurait être mené sans avoir résolu cette question des libertés, qui continue d’être posée avec acuité au vu du nombre important de militants et de manifestants arrêtés depuis le déclenchement du mouvement populaire. Les avocats déplorent, en effet, près de 300 détenus entre anonymes et acteurs politiques connus. Même la journée d’hier, attendue par les partisans du Hirak, pour l’examen de la demande de liberté provisoire de Karim Tabbou, n’a pas donné lieu à la nouvelle souhaitée.
La Cour d’Alger, qui devait statuer sur la demande de liberté provisoire de Tabbou, a reporté le prononcé du verdict à mercredi prochain. Le Collectif de défense des détenus d’opinion a indiqué que le verdict, qui devait être prononcé « aujourd’hui a été reporté au mercredi 25 décembre », ce qui laisse sur leur faim de nombreux partisans du Hirak et d’admirateurs de Karim Tabbou.
Même scénario pour le militant Fodil Boumala, qui devrait être entendu dans le fond par le juge d’instruction de Dar el Beïda, et qui a été reporté au 22 décembre prochain, indique le même collectif. « Son audition a été programmée à l’insu du collectif de défense », dénonce un avocat. S’agissant de Hamidou Garidi, âgé de 76 ans, arrêté en septembre lors d’une marche des étudiants à Alger, il a été acquitté par le parquet d’Hussein Dey, bien que le procureur du même parquet avait requis une très lourde peine de 5 ans de prison contre le mis en cause, explique le Comité national pour la libération des détenus (CNLD). Ce dernier, comme nombre de détenus d’opinion, était accusé d’atteinte à l’unité nationale. Depuis le lancement de la campagne présidentielle, le 17 novembre dernier, le nombre des interpellations a décuplé et celui des placements sous contrôle judiciaire ou en détention préventive a augmenté avec.
Deux groupes de porteurs du drapeau berbère retrouveront leur liberté les 23 et 30 décembre prochain, après leurs condamnations à six mois de prison ferme. « Ils regagneront leur foyer après avoir purgé six mois de prison ferme pour un délit fictif ». Une peine qui a provoqué une vague d’indignation dans les milieux politiques et associatifs qui réclament à ce jour la « libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus d’opinion ».
A l’évidence, cette question des libertés a pris une autre dimension après l’élection de Tebboune et son offre de dialogue. Certains partis politiques et associatifs ont évoqué « l’éventualité d’aller vers un dialogue mais avec le préalable de libérer les détenus d’opinion ».
Une offre que certains avocats rejettent dans le fond et dans la forme.
« Les porteurs du drapeau berbère, qui étaient la cible du système en place, purgeront leur peine dans quelques jours. Personne n’a le droit de parler en leur nom », s’offusque un avocat, qui estime que l’acception de l’offre de dialogue est « une manière de lui conférer la légitimité qu’il n’a pas ». Les prévenus sont poursuivis entre autres pour « atteinte à l’unité nationale, incitation à l’attroupement, attroupement, incitation à la violence, atteinte à la sécurité de l’Etat, démoralisation des troupes de l’armée en temps de paix, empêchement de la campagne électorale.
Les avocats ont constamment dénoncé les atteintes aux libertés individuelles et collectives.